Le Sérapéum de Saqqarah et ses sarcophages de granit

Dans les grands souterrains du Sérapéum de Saqqarah, d’imposants sarcophages de granit dans leurs caveaux respectifs interpellent les visiteurs. Pour comprendre la présence de ces mastodontes dans ces souterrains, il est d’abord important de revenir sur l’histoire de cette nécropole antique Egyptienne qu’est le Sérapéum de Saqqarah.

Bibliographie d’Auguste Mariette sur le Sérapéum de Saqqarah

Nous devons la découverte du « Sérapéum de Saqqarah » appelé également « Sérapéum de Memphis » à Auguste Mariette, égyptologue français, qui effectua des fouilles sur le site de 1850 à 1854. Par la suite, jusqu’à nos jours, d’autres experts ont continué l’étude du site et de ses très nombreux artéfacts archéologiques comme notamment Eugène Revillout, Emile Chassinat, Ulrich Wilcken, Max Guilmot, Arthur Rhoné, Jean-Philippe Lauer, Jean Vercoutter, Didier Devauchelle, Yves Béquignon et Dorothy Joan Thompson. Vous pouvez retrouver certains écrits de ces différents auteurs sur le sujet en tant que sources à la fin de cet article.

Auguste Mariette sort en 1857 un première ouvrage succinct intitulé « Le Sérapéum de Memphis » qui à la base était dédié au prince Napoléon. Puis, un an après son décès en 1881, Gaston C Maspero, le successeur d’Auguste Mariette à la direction du service des antiquités Egyptiennes, publie en 1882 le compte rendu des fouilles du Sérapéum écrit par Mariette. Ces 2 livres n’ont pas le même contenu. Le plus détaillé, notamment sur les sarcophages en granit toujours visibles actuellement dans les souterrains du Sérapéum, est celui publié par Gaston C Maspero, l’autre ouvrage n’en faisant que peu référence. Cependant Auguste Mariette n’ayant pas réussi à terminer son compte rendu avant son décès, cet ouvrage publié par Gaston Maspero reste incomplet.

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Le sérapéum sur la carte

Il est préférable d’avoir une vision globale du site avant de commencer à rentrer dans les détails. Le sérapéum de Saqqarah se trouve à 14 km au sud du Caire. Aujourd’hui , il ne reste plus rien du site à part les grands souterrains, quelques murs du Sérapéum et un petit hémicycle sur lequel on reviendra plus tard.

Entrée sérapéum

A son apogée, le site du Sérapéum est bien plus fourni. Depuis le Sérapéum situé à l’Ouest (à droite sur le dessin ci-dessous), une allée de près de 400 sphinx sur plus d’un kilomètre rejoint d’autres édifices à l’Est qui, pour Auguste Mariette, composent ce qui aurait pu être un Sérapéum grec, hors il n’en est rien. Parmi ces édifices, se trouve un temple d’Anubis qui avec un local du représentant du stratège de Memphis, un poste de gendarmerie, une prison, des bureaux, des auberges et 4 constructions dites « Chambre de Bès » composent ce qui est appelé l’enceinte de l’Anubieion. Se dresse également un temple d’Astarté mais aussi un temple d’Esculape où les malades viennent dormir et chercher leur guérison dans des songes qui doivent leur transmettre les oracles sur le traitement à suivre.

Quant au Sérapéum, en dehors du temple d’Apis, des papyrus grecs et divers textes démotiques nous apprennent que dans l’espace limité par le péribole se trouvent également d’autres temples, des auberges, des boutiques et des habitations.

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Auguste Mariette lors des fouilles, en 1851, identifie plus en détails certains édifices et certaines sculptures le long du Dromos mais aussi se situant à l’Est de celui-ci.

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Parmi les statues longeant le Dromos, ont pu être identifiés Dionysos enfant chevauchant une panthère, une paire de paons, Dionysos enfant chevauchant un lion cerbère à une tête, un faucon à tête humaine, deux sphinges grecques, deux sirènes de la mythologie grecque (mi femme, mi oiseau) et une statue du taureau Apis dans sa chapelle. Le long de cette allée, se trouve également, en dehors de la chapelle Egyptienne consacrée à Apis, un temple grec « le Luchnaption » qui est le local des fonctionnaires qui s’occupaient des lampes dans le culte de Sérapis.

Quant à l’hémicycle de statues de poètes et philosophes grecques, cet exèdre est orné des statues d’Homère, de Pindare, de Platon, d’Héraclite d’Ephèse, de Thalès, de Protagoras, d’Hésiode et de Démétrios de Phalère. Sur les 11 statues particulièrement dégradées, seuls ces célèbres personnages grecs ont pu être identifiés.

Historique du Sérapéum de Saqqarah

Le sérapéum de Saqqarah, aussi appelé « Sérapéum de Memphis », est une nécropole antique Egyptienne dédié au culte du taureau sacré Apis et du dieu Sérapis (Osiris-Apis). Le taureau Apis, comme le précise Mariette, n’est pas un vulgaire animal mais la réincarnation du dieu Osiris. Après sa mort, le taureau sous l’appellation d’Osiris-Apis continue à bénéficier d’un culte. Le terme de Sérapis, étant un terme grec, n’est utilisé que sous le règne des Ptolémées, en 300 avant JC, remplaçant l’appellation native d’Osiris-Apis. Le site subit de nombreuses modifications durant 13 siècles jusqu’à la fin du règne des Ptolémées.

chapelle-serapeumLe sérapéum date de la XVIIIème dynastie. Il est bâti à la demande d’Amenhotep III vers l’an -1370. Jusqu’à l’an 30 de Ramsès II, les Apis sont enterrés dans des tombes individuelles. Ces tombes sont dotés d’une chapelle à colonne et d’un ou deux caveaux abritant chacun la momie d’un Apis, son sarcophage, ses Canopes, des vases, quelques bijoux et ses Chaouabtis à tête de taureau. Des grands personnages de l’époque ont fait sceller leurs stèles sur les soubassements de la chapelle. La rampe descendante menant au caveau était comblée après l’inhumation.

apis-an-20-de-psammetique-i-mur-du-caveau-redim1Durant la XIXème dynastie, Khâemouaset grand prêtre de Ptah et quatrième fils de Ramsès II, entreprend vers l’an -1235 la création de premiers souterrains afin que chaque Apis dans son sarcophage en bois ait son propre caveau. Il crée également un temple en surface destiné à la célébration des inhumations des taureaux sacrés. Lors de ces inhumations, les dévots d’Apis, choisis parmi les grands du royaume, ont l’occasion de dédier une stèle ou d’offrir les éléments de son trousseau funéraire à l’animal sacré en échange de sa protection. Dans ces premiers souterrains qu’on appelle les petits souterrains, une fois la momie déposée dans son sarcophage, l’accès à son caveau est muré. Sur ce mur, on appose des stèles qui le plus souvent indiquent le règne sous lequel le taureau est né, son année d’intronisation dans le temple de Ptah, sa durée de vie ainsi que la date de son enterrement et précisant également le règne sous lequel cette cérémonie a lieu.

images3A partir de la XXVIème dynastie, entre l’an 20 et l’an 52 de Psammétique 1er, suite à un éboulement dans les premiers souterrains où ont été déposés les anciens Apis, les Egyptiens se lancent vers l’an -620 dans la construction de plus grands souterrains qui accueillent tout d’abord des sarcophages en bois puis plus tard, sous le règne d’Amasis (Ahmôsis II), le premier sarcophage en granit. Amasis est à ce moment là, après une période instable, le maître incontesté de l’Egypte. Son long règne est opportun pour relancer l’activité architecturale dans le pays. L’inhumation de l’Apis en l’an 23 d’Amasis (vers 545 avant JC), dans les souterrains du Sérapéum, est la première pour laquelle est fabriqué un sarcophage en pierre. L’épitaphe officielle et l’inscription de ce sarcophage nous apporte ce témoignage :

« Il (Pharaon) fit un grand sarcophage de granit, car il avait constaté que celui-ci n’avait jamais été fait de pierre par aucun roi dans le passé. » – An 23 d’Amasis

En 525 avant notre ère, Cambyse, roi achéménide de l’empire Perse, s’empare de l’Égypte et se fait couronner pharaon de la haute et basse Egypte mettant ainsi fin à la XXVIème dynastie Egyptienne. Le pharaon Cambyse ainsi que ses successeurs poursuivent, durant la XXVIIème dynastie, le culte du taureau Apis et du Dieu Osiris-Apis. En 404 avant JC, Amirthée, prince de Saïs, se révolte et chasse les Perses. Suite à cela, ce prince se fait couronner pharaon et devient le seul et unique pharaon de la XXVIIIème dynastie durant environ six ans. En 399 avant JC, Néphéritès 1er renverse Amirthée et fonde la XXIXème dynastie durant laquelle le culte à Apis survit toujours malgré toutes ces guerres de pouvoir.

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Sphinx du site du Sérapéum de Memphis – (Janmad/Le Louvre)

Nectanébo Ier durant la XXXème dynastie fait ériger, à l’extrémité Est du Dromos, un temple à la place d’un autre édifice datant de Ramsès II, et fait construire également la longue allée des sphinx qui rejoint les édifices à l’Est. Quant à son fils, Nectanébo II, il fait évoluer cette portion du site en construisant le Dromos jusqu’au Sérapéum. Il est aussi à l’origine de la chapelle pour Apis ainsi que d’autre temples au sein même du Sérapéum. Enfin, il fait creuser une chambre spéciale dans les grands souterrains, à droite de l’entrée actuelle, où toutes les stèles ont été déposées par la suite. A partir du règne de Nectanébo II, les derniers pharaons natifs d’Egypte résistent à l’envahisseur Perse jusqu’à ce que ce dernier l’emporte face au dernier pharaon Darius III. Mais le règne des Perses sur l’Egypte n’est que de courte durée car Alexandre Le Grand vient libérer l’Egypte de l’envahisseur et se fait couronner pharaon d’Egypte à son tour. Les règnes d’Alexandre, de son demi frère, et de son fils ne leur permettent pas de s’affirmer en Egypte. Mais par la suite, Ptolémée 1er Soter, un général d’Alexandre, se fait nommer roi d’Egypte et lance la dynastie ptolémaïque qui durera 300 ans. C’est son fils Ptolémée II qui sera le premier Ptolémée à se faire couronner pharaon d’Egypte par des prêtres Egyptiens.

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Ptolémée 1er Sôter – Le Louvre

Durant la dynastie ptolémaïque, sont conservées les antiques coutumes Egyptiennes notamment au Sérapéum de Saqqarah. La consécration officielle que les Ptolémées donnent aux cultes d’Apis et de Sérapis permet de maintenir une paix intérieure avec les prêtres Egyptiens notamment et d’asseoir également leur puissance en Egypte. Ptolémée 1er Soter érige différentes statues le long du Dromos dont des statues Egyptiennes mais aussi, l’hémicycle et ses statues de célèbres poètes et philosophes grecs à l’Est du Dromos. Les grands sarcophages de granit noir se succèdent de règne en règne, jusqu’au temps de Ptolémée XIII et Cléopâtre VII.

Tout porte à croire, comme ce fut le cas pour le sérapéum d’Alexandrie, que la première destruction du Sérapéum de Memphis remonte à l’Edit de l’empereur Théodose 1er qui , au IVème siècle, abolit la religion Egyptienne. Auguste Mariette lors du désensablement du site vers 1851 découvre un exemple de la dévastation que certaines croyances religieuses à l’époque pouvaient faire subir aux monuments d’un autre culte. Il n’est d’ailleurs pas improbable que ces mêmes croyants qui auraient dégradé les édifices en surface aient aussi profané, saccagé et pillé les tombes souterraines. Quand Auguste Mariette pénètre dans les grands souterrains, tous les sarcophages en granit sont ouverts et remplis de pierres. Cette dévastation ne fit que s’accroître de siècle en siècle jusqu’au moment où la partie souterraine du Sérapéum se perdit sous les sables.

Les grands souterrains et leurs imposants sarcophages de granit

A préciser que le terme “granit” sans “e” concerne l’ensemble des roches plutoniques à structure grenue, comme le gabbro, la diorite et la syénite, et non seulement les granites au sens strict.

24 imposants sarcophages ont été retrouvés durant les fouilles d’Auguste Mariette. Quand Mariette arrive sur les lieux, tous les sarcophages en pierre sont ouverts et remplis de pierres. Selon lui, 22 sarcophages sont en granit et les 2 autres en calcaire compact. 22 sarcophages occupent le milieu des chambres auxquelles ils ont été destinés.

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Sarcophage en granit – Auguste Mariette

Un sarcophage semble avoir été laissé en route à la naissance d’une des galeries. Le dernier obstrue une des portes intentionnellement transformée en chambre. En arrivant devant les grands sarcophages dans leurs caveaux respectifs, autre chose le surprend. En effet, sur chacun des couvercles se dressent un pan de mur grossièrement construit. Autrefois, dans cette région, construire sur une tombe était considéré comme le dernier outrage. Cette profanation serait à mettre, tout comme les différentes dégradations que le Sérapéum a pu subir, sur le compte d’un fanatisme religieux de la part de certains croyants opposants à la religion antique Egyptienne à partir de l’époque de Théodose 1er, empereur romain qui en 380 publie l’édit de Thessalonique.

Concernant les sarcophages, si cette vidéo non officielle récente est juste, ce qui semble à première vue être le cas, tous les sarcophages seraient en fait en granit. Plus précisément, il y aurait des sarcophages en granite rose, d’autres en granite gris, en gabbro, en diorite et en syénite. Ils font en gros + de 2 mètres de hauteur et + de 3 mètres de longueur voire près de 4 mètres pour certains. Aucun ne semble avoir les mêmes dimensions. Leur poids oscillerait entre 40 et 100 tonnes.

Concernant la fabrication de ces sarcophages, le savoir faire Egyptien n’est plus à démontrer depuis longtemps. A cela il est nécessaire de spécifier qu’au VIème siècle avant JC les Egyptiens ont acquis le savoir faire dans la fabrication d’armes et d’outils en fer à grande échelle, notamment grâce au savoir faire grec.

Cependant, ces sarcophages ne sont pas parfaits. Certains, de par leurs renfoncements visibles, devaient avoir des défauts qui ont ensuite été éliminés puis polis.  Certains sarcophages ont quelques inscriptions comme ceux sous Amasis, Cambyse, Khababach et un dernier sous la dynastie ptolémaïque dont les inscriptions et les tracés recouvrent une bonne partie de ce sarcophage.

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Stèle Ptolémée VIII – Musée du Louvre

Comme une épitaphe officielle a pu nous le préciser, le premier sarcophage de granit apparaît sur la décision du pharaon Amasis en l’an 23 de son règne (vers 545 avant JC). Une stèle funéraire d’un taureau Apis inhumé en l’an 52 de Ptolémée Evergète II fait également référence au dépôt d’un taureau mort dans un sarcophage de pierre noire sur la quatrième ligne de la stèle ci contre en commençant à lire en partant de la droite. Une traduction et une photo de meilleure résolution de cette stèle permettent de vérifier cela. Une autre information nous renseigne sur la fabrication de ces sarcophages de granit durant les différents règnes des pharaons depuis le règne d’Amasis (vers 545 avant JC). Cette inscription se trouve sur le sarcophage de granite datant de l’an 6 du règne de Cambyse (vers 526 avant JC) qui nous dit ceci :

« [Cambyse], le roi de la Haute et de la Basse-Égypte… a fait en qualité de son monument à son père Apis-Osiris un grand sarcophage en granit, dédié par le roi […], doué de toute vie, de toutes perpétuité et prospérité (?), de toute santé, de toute joie, apparaissant comme roi de la Haute et de la Basse-Égypte éternellement. » – tiré de « Histoire de l’Empire Perse » par Pierre Briant.

Une autre inscription intéressante, se trouvant sur le plus grand sarcophage noir de la dynastie des Ptolémées, nous indique pour qui est ce sarcophage :

« Apis, le fils bien aimé d’Osiris qui lui donne la vie, l’éternité et la prospérité à jamais. » – Traduction Salima Ikram (Egyptologue)

Quelques sarcophages en images

Ps: Vous pouvez localiser ces quelques sarcophages grâce au plan situé à la suite.

Sarcophage ou pas entrée gauche - RTout de suite à gauche de l’entrée des grands souterrains, on constate la présence de ce grand couvercle en granite gris posé sur ce qui pourrait être un sarcophage en calcaire blanc mais il est difficile d’en être certain. Il ne semble pas avoir été considéré comme tel.  (Voir plan – Numéro 3)

 

Sarcophage seul - ROn peut voir ce sarcophage en granit gris abandonné dans un couloir. Son couvercle est posé à même le sol dans la chambre des stèles qui se situe à l’entrée de ce couloir. Il est difficile de savoir pourquoi ce sarcophage n’a pas été déposé dans un caveau. Je reviendrai sur ce sarcophage afin d’étudier ou d’éliminer certaines hypothèses le concernant. (Voir plan – Numéro 2)

 

Sarcophage Amasis - R2.jpgCe sarcophage en granit rose et sans couvercle est celui du premier taureau Apis inhumé dans un sarcophage de pierre sous le règne et la décision du pharaon Amasis au Sérapéum de Saqqarah. Les inscriptions sur le sarcophage ainsi que sur une épitaphe officielle sont les témoignages de cette évolution dans l’inhumation des Apis. (Voir plan – Numéro 5)

 

SONY DSCCe sarcophage en granite gris est probablement un sarcophage fabriqué sous le règne du pharaon Darius 1er sous la XXVIIème dynastie qui était un roi achéménide de l’empire Perse.  Quatre taureaux sacrés Apis semblent avoir été inhumés durant son règne. (Sur le plan – voir les sarcophages en granit gris)

 

3_2973Quant à ce sarcophage de granite rose, il est fort probable qu’il ait été la dernière demeure d’un taureau sacré Apis sous le règne de Néphéritès 1er ou d’Achoris, tous deux pharaons natifs de la XXIXème dynastie. (Voir plan – Sarcophage situé juste avant les premiers sarcophages sombres de la deuxième salle)

 

Sarcophage éventré - RCe sarcophage ouvert sans que son couvercle ait été déplacé a dû être déposé dans son caveau sous le règne de Nectanébo 1er ou son fils Nectanébo II. Une légende tenace circule toujours sur la manière dont ce sarcophage a été ouvert. Je reviendrai sur ce sujet au cours de l’article. (Voir plan – Sarcophage sombre situé au nord de la 2ème salle)

 

sarcophage noir - salle 2 - RCe sarcophage noir est l’un des sarcophages du même type qui résident dans la troisième salle. Ces sarcophages qui ont été fabriqués sous la dynastie des Ptolémées sont souvent plus travaillés que les précédents dans la deuxième salle. (Voir plan – troisième salle)

 

Sarcophage noir inscriptions - R

 

Ce sarcophage qui semble être le dernier  sarcophage de la troisième salle est celui qui possède le plus d’inscriptions et celui qui semble aussi le plus volumineux. La roche de ce sarcophage avait des défauts importants qui ont été éliminés puis polis à en juger par ces importants renfoncements. (Voir plan – Sarcophage noir situé le plus à l’Ouest et pointant vers le sud dans la troisième salle)

 

 

Etudes et hypothèses concernant les 3 salles des grands souterrains

Il y a actuellement dans les grands souterrains deux salles visitables par les groupes de touristes ainsi qu’ une autre salle peu accessible derrière une porte à l’Est des souterrains. Cet espace non visitable, sauf si les autorisations sont accordées, est en fait historiquement la première portion des grands souterrains construite entre l’an 20 et l’an 52 du règne de Psammétique 1er (vers 612 avant JC).

Mais découvrons les 3 différentes salles actuelles des grands souterrains en allant d’Est en Ouest et de manière chronologique en suivant les enterrements des taureaux sacrés ainsi que les règnes des pharaons concernés. Je précise que ce que j’appelle les deux premières salles, la première étant la portion non visitable par défaut de nos jours,  correspondent à la première galerie des grands souterrains. La deuxième galerie, bien séparé de la première par un long couloir, représente dans l’étude qui suit ce que j’appelle la troisième salle.

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Pour étudier ces 3 salles, je me base sur les études officielles les plus récentes sur le sujet auxquelles je vais proposer certaines hypothèses personnelles rationnelles afin d’essayer de comprendre certains points en suspens touchant à ces grands souterrains.

Concernant les deux premières salles, c’est essentiellement le document de Didier Devauchelle « Les stèles du Sérapéum de Memphis conservées au musée du Louvre » publié en 1994 qui nous renseigne sur l’enterrement des Apis de Psammétique 1er (vers 612 avant JC) à Khababach (vers 336 avant JC). Ce document permet de relier les inhumations d’Apis listés dans celui-ci aux caveaux et sarcophages des 2 premières salles. Pour la troisième salle, l’ouvrage de Dorothy Joan Thompson « Memphis under the Ptolemies » publié en 1988 permet, quant à lui, de faire le lien entre l’inhumation des taureaux Apis durant le règne des Ptolémées et, semble t-il, les sarcophages de cette dernière salle.

Etude de la première salle :

Comme on peut le constater sur la carte, il y a dans cette salle 5 caveaux mais aussi un sarcophage en granite qui date du règne de l’an 6 de Cambyse (vers 526 avant JC) et qui n’est pas dans un caveau mais dans un couloir qui aurait sans doute été élargi pour déposer ce sarcophage. Il est difficile de savoir véritablement pourquoi ce sarcophage en granite est séparé de ceux de la deuxième salle. En effet, cette première salle accueillait à l’origine de grands sarcophages en bois de taureaux sacrés morts de l’an 52 de Psammétique 1er (vers 612 avant JC) à l’an 4-5 d’Amasis (vers 567-565 avant JC) comme c’était le cas sous les règnes précédents depuis Ramsès II (vers 1264 avant JC) dans les petits et premiers souterrains.

Selon Didier Devauchelle, durant cette période, on recense grâce aux nombreuses stèles retrouvées trois taureaux Apis. Un 1er serait mort en l’an 52 du règne de Psammétique 1er (vers 612 avant JC), un 2ème en l’an 16 du règne de Néchao II (vers 594 avant JC) et un 3ème en l’an 12 du règne d’Apriès (vers 576 avant JC).  Cela fait donc 3 taureaux Apis et 5 caveaux. A noter qu’un taureau a une espérance de vie à l’époque d’environ une vingtaine d’année en moyenne. En partant de ce constat, certains égyptologues proposent qu’il y aurait pu avoir un taureau Apis qui serait mort vers l’an 36 de Psammétique 1er car le dernier taureau Apis inhumé dans les petits souterrains est identifié comme étant celui de l’an 20-21 de Psammétique 1er (vers 644-643 avant JC). Cela ferait donc 32 années entre l’Apis inhumé de l’an 20 et celui de l’an 52 de Psammétique 1er (vers 612 avant JC), premier taureau inhumé identifié dans les grands souterrains. Il se pourrait donc en effet qu’il y ait eu un autre taureau Apis inhumé sous le règne de Psammétique 1er pour lequel n’a été retrouvé aucune information ce qui avancerait aussi la date de création des grands souterrains d’une vingtaine d’années. Egalement, entre l’inhumation d’un taureau Apis en l’an 12 du règne d’Apriès (vers 576 avant JC) et une autre datant de l’an 23 du règne d’Amasis (vers 545 avant JC), on peut aussi se demander s’il n’y aurait pas eu un autre Apis enterré car là aussi on dépasse assez largement l’espérance de vie d’un taureau sacré. Pour appuyer cette thèse, l’égyptologue Jean Vercoutter a évoqué la mort d’un taureau en l’an 4-5 d’Amasis (vers 567-565 avant JC) car certaines stèles non datées peuvent par certains éléments se rattacher à l’enterrement de ce potentiel Apis.

Etude de la deuxième salle :

Dans cette salle, se trouvent 10 caveaux dont un qui à la base est un couloir se prolongeant vers le sud. Cette salle, dans le prolongement de la première démarre avec le sarcophage de l’Apis de l’an 23 du règne d’Amasis (vers 545 avant JC). Ce sarcophage marque un tournant dans l’histoire du Sérapéum puisque c’est le premier sarcophage en granit à avoir été fabriqué pour un taureau sacré Apis dans les souterrains du Sérapéum.

Selon Didier Devauchelle, après le dernier Apis à avoir été inhumé dans un sarcophage en bois, on recense grâce aux nombreuses stèles retrouvées 11 taureaux Apis. Mais au final, pour cette salle, nous devons en compter que dix en mettant de côté l’Apis inhumé sous le règne de Cambyse (vers 526 avant JC) car son sarcophage en granit est pour une raison inconnue dans la première salle.

 

Taureaux Apis décédés entre 546 et 335 avant JC (Salle N°2)

Numéro Apis

Année du règne du pharaon

Datation

1

En l’an 23 d’Amasis

vers 545 avant JC

2

En l’an 6 de Cambyse

vers 526 avant JC

3

En l’an 4 de Darius 1er

vers 514 avant JC

4

En l’an 31 de Darius 1er

vers 483 avant JC

5

En l’an 34 de Darius 1er

vers 480 avant JC

6

En l’an 11 de Darius II

vers 412 avant JC

7

En l’an 2 de Néphéritès 1er

vers 398 avant JC

8

En l’an 3 d’Achoris vers 391-390 avant JC
9 En l’an 3 de Nectanébo 1er

vers 377 avant JC

10

En l’an 3 de Nectanébo II vers 357 avant JC
11 En l’an 2 de Khababach

vers 336 avant JC

Par conséquent, en mettant de côté le sarcophage et l’Apis mort sous le règne de Cambyse, cela fait donc 10 taureaux Apis pour 10 caveaux et leurs sarcophages.

Concernant le sarcophage de l’Apis mort sous le règne très court de Khababach, Didier Devauchelle souligne qu’il est possible que l’inhumation de l’Apis n’ait pu être réalisée. On note également que plutôt que de construire un nouveau caveau, l’emplacement où a été déposé ce sarcophage est un emplacement qui semble avoir été choisi à la hâte ou peut-être un simple emplacement où déposer le sarcophage sans taureau à l’intérieur. Normalement, cet Apis aurait dû être inhumé dans un caveau construit à l’Ouest de cette deuxième salle. Il est nécessaire de préciser que sous le règne de Khababach, l’Egypte fait face depuis le règne de son prédécesseur à l’invasion des Perses qu’il tente de repousser comme il peut.

Il est difficile, en dehors des sarcophages datant des règnes d’Amasis et de Khababach, d’attribuer les autre sarcophages de cette deuxième salle à des Apis car il existe peu d’informations suffisantes. Cependant, il est envisageable que les deux derniers sarcophages de cette salle en gabbro pour l’un et en granodiorite pour l’autre soient à attribuer aux règnes de Nectanébo 1er et de son fils Nectanébo II. Ces deux derniers sarcophages diffèrent par leur granit sombre des autres sarcophages présents dans cette salle.

Etude de la troisième salle :

Dans cette salle, se trouvent 13 caveaux dont un qui est vide. Cette salle semble être manifestement une salle accueillant uniquement les taureaux Apis de la dynastie ptolémaïque. Il est raisonnable d’imaginer que cette troisième salle soit une volonté de la part des Ptolémées de séparer les Apis morts sous leur règne avec ceux des règnes des pharaons natifs d’Egypte. Concernant les Apis inhumés sous les Ptolémées, il est difficile de donner des dates de décès pour chacun d’entre eux car les informations proviennent surtout de stèles d’ouvriers et de prêtres architectes mentionnant les différentes étapes autour de la vie d’un Apis jusqu’à son inhumation et tout le rituel qui l’entoure. Ces stèles en mauvais état donnent de nombreuses informations mais pas toutes. Certaines stèles, en morceaux, sont sans doute toujours à l’étude aujourd’hui.

Dans son ouvrage « Memphis under the Ptolemies », Dorothy Joan Thompson recense l’existence de 11 Apis durant la dynastie ptolémaïque. Un autre Apis, le troisième dans la chronologie, reste inconnu de par le vide qu’il génère dans la chronologie des Apis durant cette dynastie. Enfin un dernier qui serait le treizième est simplement évoqué sur une stèle. Les inhumations successives de ces taureaux sacrés se déroulent depuis le règne de Ptolémée 1er Soter jusqu’à celui de Ptolémée XIII. Sur ces stèles, différentes informations (avec leurs dates) sont inscrites comme la date et le lieu de naissance de l’Apis,  l’intronisation au temple de Ptah,  l’arrivée de l’Apis dans son temple, l’agrandissement des souterrains, la construction du caveau dans les souterrains, le transport du sarcophage vers le caveau d’Apis, l’ouverture du sarcophage, la mort du taureau Apis et bien d’autres informations.

Dans cette dernière salle, il y a donc 13 caveaux, 12 sarcophages et on sait qu’au moins 11 Apis auraient rejoint leurs sarcophages. Mais n’oublions pas les 2 autres potentiels Apis ce qui au final ferait 13 Apis pour 13 caveaux même s’il manque un sarcophage dans l’un de ces caveaux. Il est tentant de penser que c’est le dernier taureau Apis qui n’a pas eu de sarcophage et donc d’enterrement suite à une domination romaine qui a pu mettre fin aux rituels religieux Egyptiens. D’ailleurs, il n’est pas impossible que le sarcophage en granite gris se trouvant dans le couloir Nord ainsi qu’à quelques mètres son couvercle dans la chambre des stèles pouvaient avoir comme destination ce caveau  qui reste vide dans la 3ème salle, même si ce sarcophage n’est pas fait d’un granit noir.  Dans ce cas, on peut penser qu’un sarcophage dans cette salle a pu accueillir le potentiel 3ème Apis qui n’a malheureusement pas laissé de traces pour l’instant.

Transport et mise en place des sarcophages de granit

Il est fort probable que les sarcophages de granit étaient préparés près des carrières de Rohannou ou d’Assouan selon le type de granit utilisé et qu’ils prenaient ensuite la direction de Memphis par bateau car des stèles en démotique d’ouvriers et de prêtres architectes nous apprennent qu’une fois arrivés à Memphis, les sarcophages étaient ensuite tirés jusqu’à leurs caveaux respectifs dans les grands souterrains. Une stèle en Egyptien démotique retrouvée dans le Sérapéum nous apprend que le transport d’un sarcophage de granit depuis Memphis jusqu’à son installation dans son caveau prend 19 jours dont 5 jours chômés ce qui nous amène pour les transporteurs à 14 jours de travail effectif. Si l’on prend l’emplacement de la ville de Memphis le long du Nil il y a 3000 ans sur la carte, cela ferait une distance à parcourir d’un peu plus de 8 kilomètres entre la ville de Memphis et le Sérapéum. Suite au décès de l’Apis, différents rituels se déroulaient jusqu’à ce qu’au bout de 70 jours l’Apis dans un cercueil en bois ou dans un cartonnage peint soit déposé dans son sarcophage de granit.

sarcophage-dans-son-emplacement.jpgAuguste Mariette explique dans son rapport de fouilles « Le sérapéum de Memphis » publié par Gaston Maspero, que les sarcophages engagés sur des rouleaux dont la trace se reconnait encore sur le sol, ont été tirés grâce à un treuil horizontal à huit leviers. Il a retrouvé deux de ces treuils dans l’un des caveaux. Ensuite, le caveau était empli de sable jusqu’au niveau du sol de la galerie. Le sarcophage pouvait ainsi être déplacé dans le caveau. Ensuite, l’enlèvement du sable se faisait progressivement faisant ainsi descendre doucement le sarcophage jusqu’à une excavation pratiquée dans le sol lors de la préparation du caveau, à laquelle les ouvriers ont donné les dimensions exactes du sarcophage. Une fois le caveau désensablé jusqu’au niveau de cette excavation dans le sol, quatre hommes chacun placé dans une des niches excavées aux quatre côtés du sarcophage enlevaient le sable restant se trouvant sous le cercueil de pierre, le faisant descendre tranquillement.

Comme le précise Mariette, ce procédé d’une grande simplicité de désensablement n’est pas une simple supposition de sa part puisqu’il a lui même pu expérimenter le procédé grâce à un sarcophage qui n’était engagé dans une excavation que de quelques centimètres. Il plaça donc quatre de ses hommes, un de chaque côté et fit descendre le sarcophage jusqu’au fond.

Cependant, à regarder les différentes vidéos sur Youtube afin d’essayer de voir un peu mieux les caveaux, il ne semble pas y avoir forcément eu de niches dans tous les caveaux. De plus il est possible que toutes n’aient pas la même profondeur. Il est également possible que certaines niches qui étaient visibles à l’origine ne le soient plus car l’intégralité du sol a peut-être été entièrement excavé, depuis les fouilles de Mariette, afin de mieux distinguer certains sarcophages dans leur intégralité. Sur une durée de 5 siècles, au moins deux techniques ont pu être utilisées pour installer ces sarcophages une fois dans les grands souterrains. Les écrits d’Auguste Mariette sur certains détails peuvent manifestement ne concerner qu’un certain nombre de sarcophages même s’ils restent majoritaires.

La légende tenace de l’emploi de dynamite par A. Mariette sur un sarcophage

Une légende bien ancrée nous dit qu’Auguste Mariette aurait fait exploser à la dynamite le sarcophage en granit ci-dessous dans les grands souterrains du Sérapéum.

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Hors, cela n’est pas possible et d’ailleurs A. Mariette n’en parle pas dans le compte rendu de ses fouilles. Vu avec quelle précaution il décrit avoir ouvert certains sarcophages en bois, générer cette ouverture dans le sarcophage à la dynamite sachant très bien que ça aurait pu endommager le potentiel contenu déjà très fragile de ce sarcophage semble fort peu probable. De plus, il précise dans son compte rendu que lorsqu’il pénètre dans les grands souterrains, tous les sarcophages en granit sont ouverts.

On entend aussi dire que ce serait Howard Vyse qui aurait généré cette ouverture toujours à la dynamite mais cela s’avère aussi totalement faux. Auguste Mariette a dirigé les fouilles dans les souterrains du Sérapéum de novembre 1851 à septembre 1854. Or, il ne fait jamais mention d’une quelconque intervention de Howard Vyse dans les fouilles des souterrains du sérapéum. De plus, Howard Vyse est décédé en juin 1853 à l’âge de 69 ans. Même si Vyse a, selon une légende là aussi, utilisé de la dynamite lors d’une expédition vers 1837-1838 pour se frayer un chemin dans certaines pyramides, utiliser de la dynamite pour ouvrir un sarcophage n’a rien à voir avec le fait d’en utiliser afin de se frayer un passage dans la structure d’une pyramide.

Pour enfoncer le bâton, la dynamite a été inventée par Alfred Nobel en 1867. Il cherchait à remédier à l’instabilité de la nitroglycérine qui tua son jeune frère et plusieurs ouvriers dans son usine d’explosifs en 1864. Du coup, Auguste Mariette et Howard Vyse n’ont pas pu utiliser de la dynamite qui n’existait toujours pas lors de leurs fouilles en Egypte. Ils ont par contre utilisé, en effet, de la poudre à canon en quelques occasions. On pourrait être tenté de me dire que je joue sur les mots et qu’un explosif reste un explosif, seulement voilà, la poudre à canon n’a pas grand-chose à voir avec de la dynamite ne serait-ce qu’en terme de puissance, d’utilisation, de composition et de stabilité.

En fait, la véritable histoire concernant Mariette et une explosion dans les souterrains est la suivante. En 1852, lors de l’exploration des petits souterrains abritant des sarcophages qui étaient uniquement en bois, il se retrouve devant une partie de la voûte qui s’est effondrée. Il s’ensuit que le passage est obstrué pour aller d’une extrémité à l’autre des petits souterrains. Pour passer, il faut se débarrasser du rocher imposant qui lui barre la route. Seule la poudre peut venir à bout de ce rocher. Ce déblaiement va lui permettre de découvrir, assez profondément encastré dans le sol, un sarcophage en bois considéré aujourd’hui comme étant celui de Khâemouaset, le fondateur des premiers souterrains du sérapéum.

Pour en revenir à ce sarcophage éventré, pourquoi ce sarcophage a t-il été ouvert de la sorte alors que pour les autres les couvercles ont été déplacés suffisamment pour se glisser à l’intérieur de chacun de ces sarcophages ? Il est probable que de potentiels profanateurs de ces souterrains durant le début de notre ère aient choisi non pas de déplacer le couvercle mais d’attaquer le sarcophage avec sans doute des outils en fer. D’ailleurs, on voit que tout le devant du sarcophage a été attaqué à différents endroits même le plus à droite. Ils ont très bien pu à un moment tomber sur un ou plusieurs défauts dans la roche sur la partie gauche ce qui a facilité la génération de cette ouverture dans le sarcophage.

Le sarcophage abandonné

Sarcophage seul - RLà aussi, sur ce sarcophage abandonné dans le couloir nord, on entend différentes choses. Ce sarcophage aurait été abandonné après que des pilleurs aient essayé de l’embarquer. Cette hypothèse est improbable voire n’a tout simplement aucun sens. Un sarcophage n’a lui-même pas de valeur contrairement à son contenu. Le plus probable est que ce sarcophage ait bien eu pour destination un caveau dans les grands souterrains mais que pour des raisons extérieures la mise en place de ce sarcophage ait été interrompue suite à, par exemple, des bouleversements géopolitiques (guerre, invasion) dans la région qui ont sans doute perturbé son installation mais aussi du coup tout le rituel concernant l’inhumation du taureau sacré Apis qui devait y reposer.

Ce sarcophage abandonné ainsi que son probable couvercle se trouvant à l’entrée du couloir nord dans la chambre des stèles ne sont pas polis. Par conséquent, certains s’imaginent que le fin poli réalisé sur les sarcophages a été réalisé une fois les sarcophages installés dans leurs caveaux. Hors, tous les sarcophages n’ont pas la même qualité de poli. SONY DSCCertains n’ont été que très légèrement polis, voire pas du tout comme l’exemple du sarcophage ci-contre. De plus, dans les comptes rendus se trouvant sur les stèles des ouvriers et des prêtres architectes, une fois un sarcophage installé, il est nullement question d’un quelconque travail de finition sur ces sarcophages et notamment sur les sarcophages qui ont reçu un poli fin et travaillé comme ceux de la troisième salle sous le règne des Ptolémées. Ils ont donc très probablement été entièrement fabriqués en amont dans des carrières comme celles d’Assouan avant de rejoindre le Sérapéum de Saqqarah.

Conclusion

Le Sérapéum de Saqqarah perdura 13 siècles au cours desquels de nombreuses modifications lui furent apportées. Le pays connut également, à l’époque, de multiples rebondissements sur le plan géopolitique. Les pillages et les profanations engendrés, à partir du IVème siècle, ont laissé très peu de momies de taureaux dans les sarcophages en bois ou en granit du Sérapéum. Un seul taureau momifié a été retrouvé dans une tombe isolée inviolée et quelques rares ossements ont pu être retrouvées dans certains sarcophages dans les premiers souterrains. C’est essentiellement grâce aux très nombreuses stèles retrouvées (+ d’un millier) sur place qu’il a été possible de regrouper autant d’informations sur ce Sérapéum dont il ne reste plus grand chose sur place aujourd’hui à part essentiellement ses grands souterrains et ses sarcophages de granit.

Remerciements

Je voudrais remercier l’égyptologue Franck Monnier pour m’avoir aiguillé vers certains ouvrages.

Je voudrais également remercier le centre de géologie Terrae Genesis pour avoir répondu à certaines questions concernant les sarcophages de granit.

Sources

Auguste Mariette :

« Le Sérapéum de Memphis » de 1857, dédié à l’époque au prince Napoléon et aujourd’hui publié par la BNF.

« Le Sérapéum de Memphis« , un compte rendu des fouilles publié par Gaston Maspero en 1882.

« Choix de monuments et de dessins du Sérapéum de Memphis » publié en 1856.

Didier Devauchelle :

« La XXVIe dynastie au Sérapéum de Memphis » en 2011, consultable sur  le site http://www.academia.edu .

« Le Sérapéum de Memphis au Nouvel Empire » en 1993, consultable sur le site http://www.academia.edu .

« Notes et documents pour servir à l’histoire du Sérapéum de Memphis » en 1994,  consultable sur le site http://www.academia.edu .

« Notes et documents pour servir à l’histoire du Sérapéum de Memphis » en 2000, consultable sur le site www.academia.edu .

« Les stèles du Sérapéum de Memphis conservées au musée du Louvre » en 1994, consultable sur le site http://www.jstor.org . Pour accéder au document dans son intégralité, cliquer en haut de la page Jstor sur Read Online (free).

Yves Béquignon :

« Ptolémée 1er et l’art Héllénistique au Sarapiéion de Memphis » en 1957, consultable sur le site www.persee.fr .

Arthur Rhoné : 

« L’Egypte à petites journées, Etudes et souvenirs : Le Kaire et ses environs » publié en 1877 par Ernest Leroux. Ce livre est publié aujourd’hui par la BNF.

Jean-Philippe Lauer : 

« Les deux sirènes du Sarapiéion de Memphis au musée du Caire : note complémentaire » en 1959, consultable sur le site http://www.jstor.org . Pour accéder au document dans son intégralité, cliquer en haut de la page Jstor sur Read Online (free).

« Autour des sirènes-musiciennes du Sarapiéion de Memphis » en 1957, consultable sur le site http://www.jstor.org . Pour accéder au document dans son intégralité, cliquer en haut de la page Jstor sur Read Online (free).

W. Clarysse & K. Vandorpe : 

« A demotic lease of temple land reused in the Katochoi Archive » en 2006, consultable sur le site http://www.jstor.org .

Max Guilmot : 

« Le Sarapiéion de Memphis, Etude topographique« . Ce document est en vente uniquement sur le site www.brepolsonline.net .

Emmanuel de Rougé : 

« Quelques inscriptions trouvées dans la sépulture des Apis« , publié en 1885 dans la revue d’Egyptologie .

Pierre Briant : 

« Histoire de l’Empire Perse » publié en 1996.

Michel Vallogia :

« La maîtrise du fer en Egypte : Entre traditions indigènes et importations« , en 1999, consultable sur le site http://www.jstor.org . Pour accéder au document dans son intégralité, cliquer en haut de la page Jstor sur Read Online (free).

Jean Vercoutter :

La découverte du Sérapéum et les funérailles de l’Apis, publié en 1964.

 

Vidéo YouTube « Archéologie Rationnelle »

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