AR Vs BAM : Un tombeau bâti en 20 ans ?

Le réalisateur de la révélation des pyramides (LRDP) et des bâtisseurs de l’ancien monde (BAM) a publié en février 2019 une vidéo sur la durée de construction de la grande pyramide, l’attribution de la grande pyramide au pharaon Khéops, la fonction des pyramides, le contenu des papyrus de Merer mais aussi sur la durée du règne de Snéfrou.

[NB] Je termine et publie cet article avec plusieurs mois de retard ayant été occupé par d’autres sujets. Dans cet article, on va analyser les propos de cette vidéo qui sont très représentatifs des propos que l’on trouve dans les deux documentaires du réalisateur. C’est un exercice que je n’avais pas expérimenté jusqu’ici. Mes sources sont directement précisées après chaque citation analysée et non à la toute fin de l’article. Je ne pense pas que je réitérerai ce type d’article à l’avenir mais cela était intéressant, ne serait-ce que pour l’exercice.

On va donc revenir sur les propos du réalisateur dans cette vidéo YouTube qui s’intitule « BAM YS EP#2 : Un tombeau bâti en 20 ans, quelles sont les sources ? »

00:35 :  » On aurait employé environ 15000 personnes durant une vingtaine d’années pour bâtir la grande pyramide. On ne sait rien des outils et on spécule sur la méthode. On en sait peu davantage sur la gestion complexe d’un tel chantier, les nourrir, les faire dormir, les soigner car les ouvriers n’auraient porté ni gants, ni chaussures de sécurité. »

Cela mériterait un article entier mais je vais quand même en parler en allant à l’essentiel. On connait pourtant un certain nombre d’outils dont certains qui amènent également à faire notamment des spéculations rationnelles concernant les techniques utilisées par exemple pour travailler la pierre quelque soit sa ténacité. Un certain nombre de documentaires et de publications égyptologiques mentionnent ces outils et font état de techniques ayant été ou ayant pu être utilisées en Egypte ancienne [1].

On en sait tout autant concernant la gestion d’un tel chantier notamment comment nourrir et faire dormir les ouvriers. Les ouvriers permanents sur le chantier vivaient dans la cité des ouvriers [2] [3] qui se trouvaient sur le plateau de Gizeh. Les ouvriers saisonniers, quant à eux, vivaient dans des campements temporaires. Vu qu’il y avait des ouvriers présents sur le chantier de manière permanente et d’autres de manière saisonnière, il reste assez difficile de s’arrêter à un  nombre d’ouvriers global sans y apporter plus de détails. Cependant, on peut déjà prendre en compte que la cité des ouvriers mis au jour par les équipes de l’égyptologue Mark Lehner donnent suffisamment d’indications pour estimer la population de cette cité à au moins 6000 personnes. Une population à laquelle on peut sans doute rajouter encore bon nombre de travailleurs saisonniers.

La nourriture des ouvriers [4] est aussi clairement connue aujourd’hui car de très nombreux restes de viande et de poisson ont été retrouvés aux emplacements de la cité ainsi que des camps provisoires. Des restes de blés carbonisés permettent aussi de savoir qu’ils mangeaient du pain, entre autres.

A savoir aussi qu’on a retrouvé bon nombre de tombes d’ouvriers [5] sur le plateau de Gizeh datant de la construction des pyramides érigées sur ce plateau.

Enfin, en effet, les ouvriers égyptiens n’avaient ni gants, ni chaussures de sécurité comme tous les ouvriers dans le passé et qui ont pourtant construit tant de monuments. Le réalisateur tombe souvent dans l’anachronisme. Ici, on en a un très bel exemple. Il est préférable de ne jamais mélanger les époques, d’autant plus quand 5000 ans les séparent car les méthodes de travail sont très différentes et le contexte social est également bien différent.

Sources

A savoir que les liens vidéos ci-dessous vont directement à l’information dans chacun des documentaires.

[1] Outils et techniques des ouvriers : Technique du sciage des joints ; Extraction du granite en Egypte Antique ; Stoneworking Technology in Ancient Egypt ; Mechanical Engineering in Ancient Egypt, Part XII: Stone Cutting ; Le travail des roches dures dans l’Egypte Ancienne ; Taille d’un sarcophage en granite ; Notes sur l’extraction de l’obélisque inachevé d’Assouan ; Sculpture d’un sarcophage en granit .

[2] Cités d’ouvriers sur le plateau de Gizeh : Vidéo_1 ; Vidéo_2

[3] Dortoirs pour les ouvriers : Vidéo_1

[4] Nourriture pour les ouvriers : Vidéo_1

[5] Tombes d’ouvriers : Vidéo_1 ; Vidéo_2Vidéo_3 ; Vidéo_4

00:56 : « Cet immense travail aurait été accompli pour servir de cénotaphe au roi Khéops à sa mort c’est à dire de bâtiment utilisé le temps d’une cérémonie pour permettre à son âme de s’élever dans le ciel. Une fois le rituel accompli on aurait scellé hermétiquement la pyramide puis transporter sa momie ailleurs. » 

La grande pyramide n’a pas été construite pour servir de cénotaphe mais de tombeau. Ce réalisateur a décidé de lui même de mettre cette affirmation sur le dos des égyptologues et par la même occasion d’inventer une définition personnelle du terme « Cénotaphe ». On verra plus bas sur quoi il se base pour affirmer cela. Il est cependant bon de préciser dès à présent qu’un cénotaphe est un monument élevé à la mémoire d’un mort ou d’une divinité et qui ne contient pas de corps. Ce n’est pas un bâtiment utilisé le temps d’une simple cérémonie pour permettre à l’âme d’un pharaon dans son sarcophage de s’élever dans le ciel. Je traite déjà des notions de tombeau et de cénotaphe dans mon article « Les pyramides d’Egypte : tombeaux ou cénotaphes ? »

01:11 : « Aucune inscription nulle part, aucune statue gigantesque, aucune signature…« 

Aucune inscription gravée dans la grande pyramide, en effet. Cependant les ouvriers ont laissé des inscriptions peintes en rouge sur des blocs de granite composant certaines des chambres dites « de décharge » au dessus de la chambre du roi Khéops. Parmi ces inscriptions, on retrouve, entre autres, deux cartouches à plusieurs reprises du pharaon Khéops que sont les cartouches Khufu et Khnum Khufu [6]. Khufu est le nom abrégé du pharaon et Khnum Khufu son nom complet qui précise que Khéops est protégé par le dieu Khnum, entre autres gardien du Nil. Pour rappel, Khéops est quant à lui le nom grec de ce pharaon.

Cartouches khufu et Khnum Khufu - R
Cartouches de Khéops présents dans sa pyramide (Source)

A noter que certaines de ces inscriptions sont à moitié visibles car certaines parties se trouvent derrière des blocs de granite de plusieurs tonnes. Rien que pour cette dernière précision, il est évident que ces inscriptions datent du transport ou de la mise en place de ces blocs de granite durant la construction de la grande pyramide et ne peuvent donc pas avoir été rajoutées une fois le monument terminé. Certains détracteurs ont émis l’hypothèse que ce serait le colonel Vyse lors de son étude de la grande pyramide en 1838 qui aurait rajouté ces écritures en rouge sur les blocs de granite pour s’accaparer de fausses découvertes. Mais le colonel ne pouvait pas avoir inventé ces cartouches qui seront également retrouvés plus tard dans des tombes de la famille royale et de prêtres de l’époque.

Cartouches khufu chambres
Cartouches de Khufu (Khéops) dans le livre d’Howard Vyse (Source)
Cartouches khnum khufu chambres - zoom
Cartouches de Khnum Khufu (Khéops) dans le livre d’Howard Vyse (Source)

Il faut aussi préciser que la présence d’inscriptions en rouge dans la pyramide de Khéops n’est pas un cas unique propre à cette pyramide. Des inscriptions similaires en rouge faites par des ouvriers ont été retrouvées à différents endroits comme au Ouadi el-Jarf où ont été retrouvés les papyrus de Merer, dans la tombe G VI se trouvant au sud de la grande pyramide, dans le temple de Neferirkare, dans la tombe G 2430 à l’ouest de la grande pyramide, dans le temple funéraire de Mykérinos et dans bien d’autres lieux d’Egypte [6].

Concernant la présence ou non de statues à l’origine dans la grande pyramide, il est bon de souligner la découverte par l’égyptologue Flinders Petrie de fragments de diorite aux abords de la niche dans la chambre dite « de la reine » laissant envisager que cette niche ait abrité une statue [7].

Sources

[6] Egyptian phyles in the old Kingdom (1991)

[7] « L’archittetura delle piramidi menfite » de Maragioglio et Rinaldi (1965) – Page 124 (N°23)

01:27 :  » Tout le monde sait bien que la grande pyramide est le tombeau de Khéops et qu’elle a été bâti en 20 ans par des dizaines de milliers d’hommes. C’est écrit dans les livres d’Histoire de Sixième« 

Il nous montre dans sa vidéo deux captures d’écrans de paragraphes issus de certains livres d’Histoire de classe de 6ème dans lesquels il est précisé que les pyramides sont des tombeaux et aussi dans lesquels il est selon lui précisé qu’elles ont été bâti en 20 ans par des dizaines de milliers d’hommes. Ce réalisateur cherche donc à démonter le discours des égyptologues à partir de livres pour collégiens au lieu de le faire à partir de documents scientifiques et écrits par des égyptologues ou archéologues. De plus, il s’agit dans le cas présent de soi-disantes affirmations qui n’y sont même pas, comme on va pouvoir le constater. Je rappelle aussi à ce réalisateur, même si çà ne semble pas évident pour lui, que les cycles d’enseignement primaire et secondaire n’ont pas vocation à former spécifiquement des égyptologues d’autant plus avec 2 pauvres pages sur l’Egypte.

Que disent donc exactement ces paragraphes capturés par le réalisateur dans les livres d’Histoire de 6ème ?

Tombeau - cours histoire collège
Livre d’Histoire de 6ème – Editions Belin – Page 18 (Source)
Tombeau - cours histoire collège 2
Livre d’Histoire de 6ème – Editions Hachette Education – Page 56 (Source)

Les deux seules captures d’écrans du dessus présentées durant sa vidéo font état de la fonction de tombeaux mais pas de la durée ni du nombre d’ouvriers nécessaires pour construire la grande pyramide. Un seul de ces livres d’Histoire pour collégiens donne sur une autre page des informations sur la durée de construction du chantier de la grande pyramide et un nombre d’ouvriers dans lequel la durée indiquée n’est pas 20 ans mais 30 ans avec 30000 hommes comme indiquée ci-dessous.

Construction de la pyramide de Khéops 30 ans
Livre d’Histoire de 6ème – Editions Belin (Source)

Ce n’est pas la première fois que le réalisateur met en arrière plan des articles ou des pages de livres qui ne contiennent pas ce qu’il est en train de dire dans sa vidéo. On lui recommandera donc de soit mieux préparer ses vidéos, soit d’éviter d’illustrer ses propos avec de mauvaises sources écrites sous prétexte qu’il sait très bien que la plupart des gens n’iront pas vérifier si ce qu’il montre en vidéo est en concordance avec son discours.

Il est aussi bon de préciser que l’autre livre de référence de ce réalisateur concernant l’Egypte est « La vie privée des hommes au temps des anciens Égyptiens».

au temps des anciens égyptiens

Il a même été mettre en avant ce livre durant une interview sur la chaîne Internet BTLV. Cet ouvrage qui date de 1979 était à destination des écoliers et des collégiens. Il est donc bon de rappeler à Mr Pouillard que depuis et en dehors de cet ouvrage, de nombreux ouvrages plus sérieux sur l’Egypte sont à disposition et que depuis, la révolution Internet est passé par là donnant l’accès au grand public à de très nombreuses publications égyptologiques anciennes et récentes. Chercher ces publications demandent simplement du temps et une véritable volonté de vouloir fournir au public de bonnes informations.

Mais avant de reprendre la vidéo là où on en était, j’ai trouvé de magnifiques coquilles dans certains de ces livres d’Histoire. Je vous laisse les trouver. D’ailleurs, si ce réalisateur qui semble prendre les livres d’Histoire pour collégiens comme sources de référence n’était pas dans l’aveuglement ni dans les biais de confirmation en permanence, il aurait pu remarquer ces coquilles et les utiliser un minimum à son avantage même si çà n’a pas grand intérêt car un livre d’Histoire pour collégiens n’est bien évidemment pas un livre de référence pour parler d’égyptologie.

pyramide kheops
Editions Hachette Page 56 (Source)
pyramide kheops 2
Lelivrescolaire.fr – Page 66 (Source)

01:40 :  » C’est tout de même dommage que ces livres d’Histoire ne soient pas à jour car selon l’égyptologie, la grande pyramide ne serait plus un tombeau mais un cénotaphe. »

S’il précise cela, c’est surtout dû au fait que selon son interprétation très personnelle d’un paragraphe sur les pyramides d’Egypte dans l’encyclopédie Larousse 2019 et non selon l’égyptologie comme il veut le faire croire, la grande pyramide serait maintenant considéré comme un cénotaphe et non un tombeau, ce qui bien sûr est totalement faux. On détaillera cela plus bas car ce sujet de cénotaphe revient à plusieurs reprises au cours de la vidéo.

02:12 :  » Si on a aucune archive sur le plus gros chantier de l’histoire de l’humanité, comment peut on savoir que c’est le tombeau ou le cénotaphe de Khéops et qu’il a été bâti en 20 ans ? Tout par les écrits de l’historien grec Hérodote qui vécu environ 5 siècles avant notre ère et qui nous rapporte ce que les prêtres égyptiens lui auraient dit lors de ses voyages. C’est sur ce témoignage que repose principalement l’attribution de la grande pyramide à Khéops et les 20 ans de durée du chantier ».

Je ne reprendrai pas tous les passages dans la vidéo où le réalisateur cite Hérodote car çà n’a aucun intérêt selon moi. Je ne suis pas égyptologue mais tout comme les égyptologues d’aujourd’hui, quand j’ai des recherches à faire sur l’Egypte, c’est certainement pas Hérodote qui me vient à l’esprit, ni même d’ailleurs des livres d’histoires pour écoliers et collégiens.

Ensuite, ce n’est pas sur le témoignage d’Hérodote que repose principalement l’attribution de la grande pyramide à Khéops. Comme on a pu notamment le préciser plus haut, les cartouches de Khéops se retrouvent à différents endroits que ce soit dans deux des « chambres de décharge » de sa pyramide et cela à plusieurs reprises, mais aussi dans la fosse à barque [8] près de sa pyramide, dans les papyrus de Merer [9] découverts sur les bords de la mer Rouge et dans des textes gravés dans les tombes de la famille royale [10] et des prêtres [11] se situant dans le complexe funéraire de sa pyramide.

La durée attribuée à la construction de la pyramide de Khéops est liée essentiellement à la durée du règne de Khéops qui est elle-même basée sur les années de recensement du bétail de Khéops. L’année de recensement de Khéops la plus tardive retrouvée est l’année suivant la 13ème année du recensement du bétail de Khéops. Cette inscription a été retrouvée à deux reprises, une fois dans l’oasis de Dakhla [12] et une autre parmi les papyrus de Merer [2] retrouvés sur les bords de la mer Rouge. On peut donc déjà affirmer que le règne de Khéops dura au moins 13 ans. A cela, il faut préciser que le recensement durant l’ancien empire semble essentiellement se dérouler tous les 2 ans, ce que vient confirmer la formulation retrouvée qui nous informe qu’il s’agit de l’année suivant la 13ème année du recensement. Le recensement semble donc bien se faire tous les 2 ans, sinon pourquoi utilisé cette formulation et non préciser que ce pourrait être la 14ème année. Cette donnée supplémentaire indique que le règne de Khéops a très probablement atteint 26 ou 27 ans. Si je donne cette fourchette de 26 ou 27 ans, c’est parce qu’on ne sait pas si le recensement qui semblait clairement se produire tous les deux ans démarrait dès la première année du règne ou bien dès la deuxième. Donc pour l’instant, avec les informations recueillies, le règne de Khéops a dû très probablement durer au moins jusqu’à 26 voire 27 années. Peut-être qu’un jour de nouvelles inscriptions seront découvertes mais pour l’instant il faut se contenter de celles qu’on a.

Sources

[8] The Royal Ship of Cheops (1984) – Page 1

[9] Les papyrus de Merer et la pyramide de Khéops – Article Archéologie Rationnelle (2019)

[10] The Mastaba of Queen Mersyankh III (1974) – Page 10

[11] The Mastabas of Qar and Idu (1976) – Page 23

[12] Khufu’s ‘mefat’ expeditions into the Libyan Desert (2003)

04:34 : « On a marqué en caractères égyptiens, sur la pyramide, pour combien les ouvriers ont consommé d’aulx, d’oignons et de persil. Donc on nous dresse le portrait d’un Khéops despotique et mégalomane détesté par son peuple qu’il aurait forcé à travailler et une fois sa pyramide terminée, plutôt que de faire graver son nom en grand à hauteur de sa mégalomanie, il aurait fait écrire la quantité d’ail, d’oignon et de persil consommé par les ouvriers. »

Je m’arrête sur ce récit qui vient d’Hérodote que le réalisateur veut encore une fois attribuer aux égyptologues comme leur seule source fiable et donc tenter de démontrer que les égyptologues se basent sur des absurdités. Cependant, il est aussi absurde de penser comme le fait ce réalisateur par une animation dans sa vidéo que la quantité d’ail, de persil et d’oignon ait été inscrit en très grand sur le parement blanc de la grande pyramide. Des données concernant la logistique d’un tel chantier ont par contre pu, en effet, être écrites temporairement sur certains blocs de pierre durant la construction et cela bien évidemment en petits caractères.

06:06 : « En 2013, on a découvert les fragments d’un papyrus daté de la fin de la quatrième dynastie, l’époque supposée de la construction de la grande pyramide. Ces fragments décriraient le transport de blocs de calcaire blanc de la carrière de Tourah sur le site de Gizeh de l’autre côté du Nil. Ce papyrus ne citerait pas explicitement la grande pyramide mais le site de Gizeh. Mais rien ne prouve que çà concerne la grande pyramide car il y a beaucoup d’autres constructions en calcaire blanc de Tourah sur ce site gigantesque« .

Tout d’abord, ce n’est pas un papyrus mais plusieurs et ces papyrus ne sont pas datés de la fin de la IVème dynastie mais de la première moitié. A cela, certains de ces papyrus citent explicitement la grande pyramide par son nom « L’horizon de Khéops » tout comme celle de Khéphren s’appelait « La grande de Khéphren ». L’appellation « d’Horizon de Khéops » concerne bien la pyramide de Khéops car le hiéroglyphe de la pyramide est bien spécifié dans l’écriture hiéroglyphique de « l’Horizon de Khéops ».

horizon de khéops en hiéroglyphe
L’Horizon de Khéops

Dans certaines tombes de prêtres de la sixième dynastie, il est spécifié que certains d’entre eux avaient, entre autres, comme le prêtre Qar, la fonction de superviseur de la cité de la pyramide « l’Horizon de Khéops » et une fonction d’inspecteur (liée aux prêtres) de la pyramide « la Grande de Khéphren » [13]. Dans ces cités vivaient des prêtres, des artisans, des fonctionnaires et des serviteurs. 

Sources

[13] The Mastabas of Qar and Idu (1976) – Page 9

06:33 :  » La grande pyramide a été bâti avec du calcaire blanc, du calcaire brun et du granite. Ce texte des papyrus de Merer ne parle absolument pas des blocs de calcaire brun qui composent la grande pyramide. Bref, affirmer que ce papyrus clôt toute discussion, c’est peut-être aller un peu vite en conclusion. »

C’est vrai, ces papyrus ne parlent absolument pas des blocs de calcaire brun qui composent la grande pyramide et aucun égyptologue n’a jamais dit que c’était le cas. Certains médias du web ou de la presse ont par contre pu faire cette erreur. D’ailleurs, ces papyrus ne parlent pas non plus des blocs de granite. Comme on a pu le voir plus haut, il n’a pas été nécessaire d’attendre les papyrus de Merer pour attribuer avec certitude la grande pyramide à Khéops même si ces papyrus amènent des éléments qui viennent apporter une confirmation supplémentaire. Là où les papyrus de Merer apporte des éléments intéressants, c’est concernant la préparation du chantier de la grande pyramide avec l’extraction des pierres dans les carrières de Tourah et leur transport en bateau jusqu’à l’horizon de Khéops. Ce que les médias racontent dans leur empressement de faire le scoop est toujours à prendre avec prudence. Il suffit de s’intéresser réellement soi-même à un sujet pour faire abstraction de cette volonté des médias de faire de l’audience afin de se rendre compte de ce qu’il en est vraiment.

06:51 : « Qu’est-ce qu’on a d’autre ? Datation de mortier, un ciment entre les blocs de calcaire brun de la grande pyramide. Comment être certain que ce ne sont pas des restaurations faites à l’époque de Khéops ? Quelle preuve a t-on que c’est d’origine car on en trouve pas partout ?« 

La grande maçonnerie, c’est à dire la grande majorité de la grande pyramide, est un ensemble de blocs en calcaire nummulitique local à peine équarris, dont les joints montants sont grossièrement taillés. La percée d’Al Mamoun, le « puits de service » et la sape creusée dans la chambre de la Reine montrent que les joints dépassent parfois les 10 centimètres et sont bourrés d’un mortier composé de gypse, de sable et d’éclats de calcaire [14]. Ces différents éléments de la pyramide se trouvent à différents emplacements bien distinctes à l’intérieur de celle-ci. Là où l’on ne trouve pas de mortier, c’est au niveau des blocs de calcaire équarris qui sont actuellement visibles de l’extérieur et qui accueillaient autrefois le parement de calcaire blanc, ces blocs étant dans l’ensemble taillés proprement et disposés pierre contre pierre sans aucun mortier.

A cela, on aimerait que ce réalisateur nous explique comment l’essentiel de la structure aurait, avant le règne de Khéops, pu tenir dans le temps et résister aux séismes avec des espaces entre la majorité des pierres ? Enfin, comment les égyptiens auraient pu accéder à l’ensemble des blocs de calcaire de la structure déjà en place pour aller y mettre du mortier dans des espaces qui ne dépassent pas au plus les 10 centimètres. Un peu de sérieux ! Une grande maçonnerie bourrée de mortier se retrouve dans bon nombre de pyramides. Des campagnes au carbone 14 ayant été réalisées sur les pyramides allant de la IIIème à la XIIème dynastie le démontrent clairement [15].

Sources

[14] « L’ère des géants » de l’égyptologue Franck Monnier (Parution 2017).

[15] Radiocarbon dates of old and middle kingdom monuments in Egypt (entre 1984 et 1995)

07:08 : « Et on a enfin une peinture du cartouche de Khéops à l’encre rouge dans une des chambres de décharge au-dessus de la chambre haute. On ne trouverait aucune signature nulle part, aucune gravure dans la chambre haute mais le nom de ce roi mégalomane peint grossièrement dans un recoin obscur de la grande pyramide et il aurait écrit la quantité d’ail, d’oignon et de persil consommé par ses ouvriers ?« 

Le sujet du cartouche de Khéops a déjà été abordé plus haut. Il n’y a pas qu’une seule peinture du cartouche de Khéops dans les chambres dites « de décharge » mais bien plusieurs. Sinon, personne n’empêche ce réalisateur de se reconvertir dans la culture d’ail, d’oignon et de persil vu que c’est devenu l’une de ses nouvelles marottes avec notamment ses soi-disant cénotaphes qui sont mi-cénotaphe, mi-tombeau et re mi-cénotaphe derrière. Ou encore mieux, il peut se lancer dans un cénotaphe partagé où il fera pousser ail, oignon et persil. C’est aussi une autre possibilité.

08:21 : « Hérodote dit ailleurs dans son texte qu’il est tenu au secret par les prêtres. Aucune information sur la construction mais pourquoi le secret ? Selon l’égyptologue Jean Leclant qui n’était pourtant pas verser dans les thèses alternatives : Il n’est pas dans leur culture de le faire connaitre. Ça reste un secret…« 

Jusqu’ici, dans les propos du réalisateur, le témoignage d’Hérodote était considéré comme absurde et donc la source idéale à attribuer aux égyptologues pour tenter de les discréditer mais là tout d’un coup parce qu’Hérodote parle de secret, son témoignage devient intéressant. Ici, on tombe dans la pyramidologite aigue. Il suffit d’un mot comme « secret » et tout d’un coup un témoignage prend de la valeur. C’est prodigieux !

Concernant l’extrait avec Jean Leclant, il est tiré du documentaire « La révélation des pyramides » et ne concerne pas la construction de la grande pyramide mais plus spécifiquement la soi-disant présence du nombre d’or dans cet édifice et cela via un montage particulièrement douteux qui amène à prendre avec beaucoup de prudence les propos coupés durant l’interview d’un Jean Leclant très affaibli car en fin de vie. On peut aussi se demander quelle a réellement été la question posée à l’ancien égyptologue, tout comme aux autres intervenants dans ce documentaire car la manière de formuler la question est importante. De plus, concernant les différents ingénieurs en bâtiment dans le documentaire LRDP qui n’ont pas de connaissances particulières sur les pyramides, il a suffi de venir les interroger sur leur métier, puis les interroger à un moment de l’interview sur un sujet auquel ils ne se sont jamais vraiment intéressé mais qui reste plus ou moins dans leur domaine et qui n’était pas prévu dans l’interview, comme les pyramides, et vous obtenez une réponse du genre « je ne saurais pas faire ». Il serait en effet étonnant que la ou les questions posées sur les pyramides à ces ingénieurs aient été prévus d’emblée dans l’interview car n’ayant pas les connaissances suffisantes sur le sujet, ils n’auraient pas perdu leur temps dans ce type d’interview.

08:33 :  » Le problème c’est qu’on a que les pyramides et rien d’autres. Et l’on pense depuis la première pyramide de Djoser, 10 fois plus petite que la grande pyramide, qu’on aurait été à chaque fois dans la surenchère et que chacun aurait fait une pyramide plus grande que son père, mais cette surenchère s’arrêterait à Khéops parce que celle de Khéphren est plus petite et celle de Mykérinos, encore plus petite. Et ensuite tout va en se dégradant durant les siècles suivants pour carrément finir à la brique de terre cru. Plus on progresse et moins on fait grand et résistant. Pas très logique tout çà.« 

Ce qui n’est pas logique c’est, comme fait ce réalisateur, de ne penser qu’en terme de défi architectural, et encore concernant uniquement ici la hauteur de ces édifices, sans prendre en compte le contexte religieux, financier, social et géopolitique qui a pu évoluer de règne en règne dans le pays d’Egypte et qui a pu avoir un réel impact sur la construction des différentes pyramides. Il est aussi bon de rappeler que la pyramide construite après la pyramide de Khéops qui culminait à 146,5 mètres est celle de son fils, Djédefrê, quasiment démontée aujourd’hui qui repose sur un rocher escarpé à Abu Rawash à 8 km du Caire. La pyramide de Djédefrê mesurait à l’origine environ 68 mètres de hauteur. A la fin du règne de Djédefrê, Khéphren, l’autre fils de Khéops, décida par la suite durant son règne d’édifier sa pyramide avec une hauteur d’environ 143,8 mètres sur le plateau de Gizeh à côté de celle de son père. Nous ne sommes donc pas ici dans une diminution progressive de la hauteur des pyramides. Cela se constate également pour les pyramides des dynasties suivantes.

Archeologierationnelle.wordpress.com

09:29 :  » Snéfrou, le père de Khéops n’a pas chômé durant son règne d’environ 30 ans. Il va d’abord faire terminer la pyramide bâti par son père Ouni qu’on appelle la pyramide de Meïdoum. Il va faire ensuite bâtir la pyramide Rhomboidale puis la pyramide rouge. Durant un règne d’environ 25 ans, Snéfrou aurait fait bâtir 2 pyramide et demi.« 

Dans ces propos, le règne de Snéfrou a duré environ 30 ans. Quelques secondes plus tard, le règne de Snéfrou n’a plus 30 ans mais 25 ans. Faudrait savoir ! Actuellement, les véritables recherches sur le sujet donnent comme estimation au règne de Snéfrou une durée d’au moins environ 30 ans et qui ne dépasserait pas les 40 années. Il est encore aujourd’hui difficile de donner une durée plus précise. De nouvelles découvertes apporteront sans doute d’autres réponses, peut-être même, qui sait, du côté du Ouadi El Jarf puisque des sceaux au nom de Snéfrou  y ont récemment été trouvés [16].

En tout cas, si certains lecteurs souhaitent s’informer sérieusement sur les pyramides de Snéfrou ainsi que sur les pyramides qui suivent jusqu’à la pyramide de Khéphren car ce n’est qu’un premier tome, je vous invite à vous procurer l’excellent ouvrage « L’ère des géants » [17] de Franck Monnier.

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Sources

[16] Compte-rendu sur les dernières fouilles au Ouadi el-Jarf (Pharaon Magazine-2018).

[17] « L’ère des géants » de l’égyptologue Franck Monnier (Parution 2017).

10:28 : « Cette hypothèse de pyramide tombeau est tellement ancrée dans les mœurs, qu’aujourd’hui encore on peut lire dans le Larousse 2019 que les pyramides égyptiennes étaient des monuments funéraires exclusivement réservés au pharaon dont ils abritaient les dépouilles, pour finalement préciser un peu plus loin que bien qu’aucune des sépultures  dans les pyramides n’ait résisté aux déprédations des pilleurs de tombe, il est néanmoins manifeste que les pyramides étaient destinés à servir de sépultures ou de cénotaphes. Ça veut dire que si on a pas trouvé de momies dans les tombes que seraient les pyramides, c’est assurément parce qu’elles ont été pillés. ok ? Mais où sont les preuves ?« 

J’ai déjà traité ces sujets concernant la fonction de tombeau, les profanations ainsi que les preuves et les éléments de preuve dans l’article « Les pyramides d’Egypte : tombeaux ou cénotaphes ? ». Mais je reviens tout de même sur le paragraphe du Larousse sur lequel il se base dans une vidéo précédente pour affirmer que les pyramides ne sont plus des tombeaux mais des cénotaphes. Un paragraphe très mal lu par le réalisateur qui pourtant ici le lit correctement sans même se rendre compte que depuis sa vidéo précédente ce qu’il raconte est faux, à savoir que maintenant les pyramides seraient non pas des tombeaux mais des cénotaphes. On a ici à faire à un magnifique biais cognitif parmi tant d’autres au cours de la vidéo. En fait, le réalisateur ne s’en rend pas compte car à ce moment-ci où il cite ce passage, le sujet sur lequel se focalise son cerveau n’est plus la notion de tombeau ou de cénotaphe mais le pillage et les preuves du pillage. On est tous sujets aux biais cognitifs, mais chez notamment les pyramidologues ces biais se répètent bien trop souvent, et cela au détriment du public.

Voici le paragraphe [18] dans le Larousse sur lequel il se base à la fois dans cette vidéo mais également dans la première vidéo de sa série YouTube :

Definition pyramides - larousse

Il est écrit que les pyramides étaient destinés à servir de sépultures ou de cénotaphes et non que les pyramides étaient maintenant considérées comme des cénotaphes. Soit l’auteur de ce dossier du Larousse a simplement voulu à un moment émettre que certaines pyramides, bien que très rares, comme celles d’Ahmose 1er et de Tétisheri sont des cénotaphes [19], soit l’auteur a voulu être prudent car tout comme le pharaon Khéops n’a pas écrit en très grand sur sa pyramide la quantité d’ail, d’oignon et de persil consommée par ses ouvriers, il n’a pas non plus inscrit sur celle-ci « Moi, Pharaon Khéops, cette pyramide est mon tombeau ! » apportant une preuve claire et précise de cet état de fait. Ce n’est pas pour autant qu’il n’y a pas suffisamment d’éléments, comme le précise l’auteur de ce dossier dans Le Larousse, pour privilégier la fonction de tombeau.

Sources

[18] Pyramide – Dossier sur les pyramides publié sur le site web de l’encyclopédie Larousse

[19] « Les pyramides d’Egypte : tombeaux ou cénotaphes ? » – Archéologie Rationnelle (2019)

Conclusion

Contrairement à ce qu’essaye de démontrer bien maladroitement le réalisateur, il y a de nombreuses recherches et résultats de recherches qui nous délivrent suffisamment d’informations sur la pyramide de Khéops. Il suffit juste d’aller les chercher dans les documents scientifiques les plus récents possibles.

 

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