L’obélisque d’Assouan : une histoire de dolérites

L’obélisque inachevé d’Assouan se trouve dans une des carrières d’Assouan, proche du Nil, au sud de l’Egypte. Les égyptologues situent sa datation au Nouvel Empire (-1500 à -1000). En cours de chantier déjà bien avancé, les ouvriers durent se résigner à stopper l’excavation de ce mégalithe à cause de l’apparition de fissures naturelles trop importantes pour pouvoir continuer le travail.

De nos jours, dans certains documentaires, il est avancé qu’il est impossible pour les égyptiens d’avoir excavé cet obélisque par effet de percussion avec de simples boules de dolérite.

DoleriteIl a été retrouvé de nombreuses boules de dolérites autour de cet obélisque mais également en bien d’autres lieux d’Egypte. La dolérite est une roche plus dure que le granit et permet ainsi de travailler ce dernier. L’argument qui revient souvent par certains Youtubeurs et réalisateurs, c’est qu’au bout de quelques minutes à marteler le granit avec une boule de dolérite, le granit est à peine entamé. C’est exact. Pourtant ces nombreuses boules de dolérites ne se trouvent pas par hasard en grande quantité dans les carrières d’Assouan. Elles ont bien été utiles notamment à la réalisation de ce projet d’obélisque, mais les véritables question à se poser sur son utilisation sont surtout « comment ? » et « dans quelles conditions ? ».

Dolerite dorigineTout d’abord, Il est important de savoir que dans les carrières d’Assouan, où l’on trouve ces dolérites en grande quantité, celles-ci ne possèdent pas à l’origine cette forme ronde [1]. C’est à force de les utiliser de telle ou telle manière pour travailler une roche comme le granit, qu’elles finissent par obtenir cette forme. Selon les relevés effectués de ces dolérites en différents lieux d’Egypte, ces dolérites font de 13 à 40 cm de diamètre. Elles étaient donc, pour chacune d’entre elles avant leur utilisation, un peu plus volumineuses.

Voyons maintenant l’utilisation de ces dolérites dans un chantier comme celui de l’obélisque inachevé d’Assouan qui nous renseigne sur les premières étapes d’un tel projet.

Pour démarrer le travail d’excavation du futur obélisque, les ouvriers devaient en premier lieu repérer des fissures naturelles sur le sol rocheux afin de faciliter le travail d’excavation et ainsi dégager un bloc qui allait ensuite être travaillé et affiné afin d’obtenir la forme et les dimensions souhaitées. Une fois ces fissures repérées, marteler ces fissures avec de la dolérite prenait bien trop de temps. Pour accélérer considérablement le travail du granit, les égyptiens avaient recours à la technique de calcination du granit, afin d’aplanir la surface et faciliter le pilonnage avec de la dolérite [2]. En effet, des égyptologues ont pu retrouver à proximité d’énormes blocs de granit inachevés, mais aussi sous certains d’entre eux, des morceaux de briques d’argile calcinés, des copeaux de bois brûlés et des éclats de pierre fracturés par la chaleur [3].

Les égyptiens se servaient donc du feu pour fragiliser le granit. Ils construisaient un mur avec des briques pour contenir le feu et y faisaient brûler du bois à l’intérieur, au dessus et autour de la fissure naturelle. Sous l’effet de la chaleur qui pouvait atteindre les 800 degrés, la pierre se dilatait. Au bout d’un moment, une fois le feu atténué, de l’eau froide était déversé sur le feu ce qui contractait le granit et faisait baisser sa température de l’ordre de 80% en quelques secondes. Ce processus fragilisait ainsi le granit et facilitait l’excavation via le martelage à l’aide de dolérites qui permettait de briser la roche en fragments.

Mais l’intérêt de la boule de dolérite, ne s’arrêtait pas à cela. Une fois que les fissures naturelles étaient devenus de véritables tranchées, les égyptiens travaillaient l’énorme bloc sur les 3 faces accessibles mais aussi sur une partie de la quatrième face se situant sous le bloc, et cela toujours avec des dolérites. Suite au travail de calcination et de martelage de la roche, ils frottaient le granit avec des dolérites ce qui effritait la roche. Via ce processus, ils sculptaient et affinaient la roche. Il est également possible que les ouvriers aient marteler à nouveau la roche lors de cette étape pour notamment affiner le travail.

Les sillons tracés sur les différences faces de l’obélisque permettent d’ailleurs de clairement visualiser ce travail avec la dolérite qui permettait de travailler et polir en partie ou en totalité cet énorme bloc excavé du sol. Le sens des sillons visibles sur l’obélisque inachevé permet de visualiser le sens dans lequel les ouvriers frottaient la dolérite sur la roche de granit. Cela est d’autant plus visible dans les tranchées.

Cette dolérite était manifestement très utilisé en Egypte antique et notamment pour sculpter les statues car certaines peintures retrouvées dans certaines tombes comme la tombe de Rekhmire (XVIIIème dynastie) permettent d’envisager l’usage qui pouvait en être fait. Ces peintures semblent suggérer certains artisans avec des boules de dolérite qui sculptent la pierre par effet de frottement ou de percussion, selon les étapes de finition.

Faconnage de statues avec boules de dolerites - Peinture tomb Rekhmire.jpg
Artisans, tombe de Rekhmire (Source)

 

Sources

[1] Dolerite pounders Petrology sources and use (résumé page 127)

[2] Notes sur l’extraction de l’obélisque inachevé dans les carrières d’Assouan

[3] Calcination et pilonnage du granit avec des dolérites (vidéo documentaire)

 

 

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