Coudée royale et Pi : Réponse à Quentin Leplat

Quentin Leplat, chercheur indépendant dans le milieu alternatif, a sorti une nouvelle vidéo YouTube intitulée : « Et bien oui, les égyptiens employaient le mètre, la coudée, et le nombre Pi » à laquelle je vais lui répondre via cet article. Le chercheur revient sur l’échange qu’il a eu avec Alexis Seydoux sur la chaîne Youtube « Arcana« , toujours sur ces sujets du nombre Pi, de la coudée royale et de la présence du mètre en Egypte Antique.

D’emblée, je rappelle que le mètre est une unité de longueur qui a été adopté arbitrairement via la convention du mètre qui est un traité international signé le 20 mai 1875 par 17 états. Ce n’est pas une valeur de mesure universelle comme certains chercheurs indépendants l’affirment de nos jours.

Donc, pour répondre à cette vidéo, je vais directement m’adresser à vous, Quentin, en reprenant vos arguments et vos démonstrations. Et pour cela, je vais suivre le timecode de votre vidéo.

Je précise pour les lecteurs que cet article est à prendre comme un exercice d’esprit critique et non comme une prise de tête pour quelques millimètres car cela n’aurait du coup que peu d’intérêt même si c’est sur ce terrain là que nous envoie Quentin Leplat.

01:03 – Les égyptiens utilisaient une mesure qu’on appelait la coudée royale qui mesurait 52.36 cm, et il se trouve que des auteurs ont découvert dans les années 50, et c’est le cas du docteur Funck-Hellet, qu’il y avait une relation entre cette coudée et le mètre à partir d’un concept géométrique simple qui est le cercle.

Il est tout d’abord bon de préciser aux lecteurs, qui comprendront pourquoi par la suite, qu’à ce moment de la vidéo, vous parlez des égyptiens de toute l’histoire de l’Egypte antique (durant 3000 ans). Jusque là dans votre vidéo, vous ne précisez en aucun cas que vous parlez des égyptiens d’une période bien précise de leur histoire. D’ailleurs aucune précision n’est faite là-dessus dans le titre de votre vidéo non plus.

Donc, vous affirmez d’emblée que la coudée royale fait 52.36 cm sous prétexte que le docteur Funck-Hellet l’affirme. Tout d’abord, il est bon de préciser que ce monsieur est un docteur en médecine. Il n’est ni égyptologue, ni archéologue, ni historien, ni papyrologue. Cela ne veut en aucun cas dire qu’il n’a pas les capacités pour analyser et comprendre les études qu’il a faite mais çà peut le limiter dans la réelle compréhension de ce qu’il étudie. En se basant sur une coudée royale estimée dans les années 50 par l’égyptologue Jean-Philippe Lauer entre 52.35 et 52.4 cm, ce docteur a choisit arbitrairement d’estimer la coudée royale égyptienne à 52.36 cm, ce qui va du coup forcément l’arranger pour en déduire un certain nombre de corrélations qu’il va pouvoir trouver entre le nombre PI, le nombre d’or, la coudée royale et le mètre car c’est bien ici cela le but de la manœuvre. Si le but était par exemple de faire une simple moyenne, il était plus juste de choisir 52.375 cm.

Il est important également de préciser que l’intervalle de valeur donné par Jean-Philippe Lauer concerne uniquement la grande pyramide. C’est là-dessus que le docteur Funck-Hellet s’est basé pour choisir arbitrairement une valeur de 52.36 cm de la coudée royale pour les 3000 ans d’histoire de l’Egypte antique. D’ailleurs, le titre de sa publication dans « La revue du Caire » s’intitule « La coudée royale égyptienne – Essai de métrologie » [1]. On va voir par la suite qu’il ne suffit pas de prendre une valeur dans un édifice comme la grande pyramide pour définir une valeur fixe de la coudée royale égyptienne.

(Pour être plus rapide, je me permets de mettre ci-dessous une capture de ce que vous présentez. Ce sera également le cas pour vos diapos suivantes.)

Capture quentin leplat cercle Pi

La connaissance du nombre Pi que vous utilisez ici pour les calculs que vous présentez ci-dessus est infondée à l’époque de l’Egypte antique. Si vous divisez de base le nombre Pi par 6, c’est que vous avez la preuve que les égyptiens connaissaient le nombre Pi. Or vous ne l’avez pas et les égyptologues non plus. Ensuite le périmètre du triangle à 5.236 mètres (pour 10 coudées) soit 52.36 cm la coudée s’ajuste parfaitement avec la coudée que vous et le docteur Funck-Hellet avez choisi arbitrairement comme étant une valeur fixe de la coudée royale durant 3000 ans. Ce dernier point est une simple corrélation basée sur une valeur de la coudée choisi arbitrairement.

02:23 – Ces observations géométriques sont donc très troublantes puisque le mètre n’est pas censé être connu par les égyptiens à l’époque. Du coup, résistance maximum des archéologues car c’est totalement anachronique, et ce fait est tellement précis et frappant, la plupart des gens qui ne sont pas politisés, en charge d’écrire l’histoire ne résistent pas. Ils constatent les faits et comprennent que quelque chose nous a échappé. Des résistances aussi car les gens (scientifiques) ont une carrière à défendre, ne peuvent pas envisager de s’être trompé à ce point.

Les archéologues ne résistent pas, comme vous dites, et n’ont pas à résister puisque le mètre comme je l’ai déjà signalé au début de mon article est une unité de longueur adopté en 1875 par 17 pays. De plus, pour ceux qui ont parcouru vos travaux, ils ne sont pas du tout d’accord avec vos démonstrations et votre argumentaire. On va d’ailleurs comprendre pourquoi en analysant la suite de votre discours dans cette vidéo.

Le public constate certaines choses selon comment on lui présente un sujet et selon son niveau de connaissance de ce sujet. Aucune personne n’a de connaissances accrues dans tous les domaines car c’est tout simplement impossible. Si on prend un documentaire comme « La révélation des pyramides », celui-ci a berné bon nombre de personnes de par le montage du réalisateur et surtout de par le fait que le grand public n’a pas les connaissances suffisantes pour juger des propos tenus dans ce documentaire. Moi même je me suis fait avoir avant de finir par effectuer de véritables recherches, ce qui m’a amené à partager, via ce blog, des informations qui ne sont jamais données par des chercheurs alternatifs comme le réalisateur de LRDP et BAM.

Avez-vous pensez ne serait-ce qu’une seconde que c’est vous, Quentin, qui ne pouvez envisager de vous être trompé car vous avez une idée à défendre pour des raisons qui vous sont propres ?

Sources

[1] La coudée royale égyptienne / Essai de métrologie, publié par le docteur Funck-Hellet dans la revue du Caire. Page 193.

3:14 – Ce qu’il faut voir, c’est si leurs arguments sont valides ou pas. On va voir que ce n’est pas du tout le cas. Les arguments développés par Alexis Seydoux, c’est qu’on ne connait pas la valeur exacte de la coudée royale et qu’elle fait en gros entre 52 et 54 cm. En faisant çà, çà leur évite de parler du sujet et donc çà leur évite de se poser la question s’il y a une relation avec le mètre. Et cela, c’est un biais d’infirmation. Je dis çà parce que ces gens passent leur temps à accuser les autres de faire des biais de confirmations.

Alexis Seydoux, ainsi que les égyptologues, ne disent pas qu’on ne connait pas la valeur exacte de la coudée royale mais plutôt qu’il n’y a pas de valeur fixe de celle-ci qui ait perduré durant toute la période de l’Egypte antique, ce que vous montrez d’ailleurs par vous-même dans votre vidéo. Il n’y a ni à trouver, ni à connaitre la valeur exacte dans le temps de la coudée royale égyptienne puisqu’elle est très variable au cours des 3000 ans de l’Egypte antique.

S’ils ne se posent pas la question de la relation avec le mètre, c’est tout simplement parce que rien n’indique que cette question doit être mise sur la table. Absolument rien ! Personne ne vous accuse de faire des biais de confirmations. Signaler qu’une personne fait un biais de confirmation, c’est faire un constat et non une accusation. D’ailleurs, on peut faire le constat que vous ne vous êtes toujours pas intéressé à savoir si vous étiez à certains moment dans vos discours dans le biais de confirmation. On est tous sujet au biais de confirmation, tous, sans exception. Le problème qui se pose est quand ce biais apparaît bien trop souvent car cela fait qu’un discours peut être biaisé à tel point qu’il en devient trompeur voire même, certaines fois, incompréhensible.

Enfin, il me parait nécessaire de préciser aux lecteurs que le biais d’infirmation n’existe pas et que vous venez de l’inventer.

4:05 – Alexis Seydoux cite l’égyptologue Dieter Arnold mais ce qu’il oublie c’est que Dieter Arnold dit que les égyptologues Lepsius et Petrie sont globalement les personnes qui ont le plus étudié la coudée royale et les mesures qu’ils en donnent sont 52.37 et 52.5 cm. Donc on est pas entre 52 et 54 cm. On est quand même hyper précis par rapport à la mesure proposée par Funck-Hellet. 

Pour commencer, les mesures données par Lepsius et Pétrie dans votre diapo sont des moyennes, donc inexactes. Pour faire simple, si on prend le 52.5 de Lepsius, cela peut être une moyenne qui concerne un intervalle de mesures qui se situe entre 52 et 53 cm tout comme elle pourrait être située entre 50 et 55 cm. L’intérêt de ce genre de moyenne sert essentiellement à faire des statistiques et simplifier le discours, mais çà ne représente pas la réalité. A cela, je vous rappelle, et ce ne sera pas la dernière fois, que vous affirmez au début de votre vidéo que la coudée royale fait 52.36 cm.

Si on reconnait, ce qui est le cas, que les égyptiens on eut un certain niveau de précision avec les outils de mesure qu’ils avaient, que ce soit une moyenne ou une valeur fixe en mètres de la coudée ne change pas vraiment grand chose car la coudée royale en tant qu’étalon et les unités de mesure comme le palme, le doigt et bien d’autres unités sont exprimés en fraction quand les valeurs sont inférieures à l’unité ou l’étalon de base (ex: 8 1/2 1/10) [2]. Une fraction, en tant que proportion et non en tant qu’opération pouvant donner un résultat avec plusieurs décimales derrière la virgule, exprime donc une proportion et peut donc être imprécise contrairement à une valeur en mètre.

A cela, il faut noter que le 52.5 spécifié par Lepsius concerne ici l’ensemble de l’histoire de l’Egypte, alors que le 52.37 de Pétrie concerne uniquement l’ancien empire. Il n’est donc pas juste d’assembler ces deux moyennes pour démontrer quoi que ce soit.

Ensuite, Lepsius est un égyptologue du 19ème siècle. Il est décédé en 1884. Quant à Pétrie il est décédé en 1942. Entre temps, bon nombre d’égyptologues ont découvert et étudié de nombreux édifices ce qui a permis d’avoir une meilleure visibilité sur le niveau de variabilité de la coudée royale égyptienne sur les 3000 ans. Je précise également que les valeurs de la coudée sont identifiées de par le fait qu’elles sont inscrites sur les murs de temples, de tombes et d’autres édifices. A partir de cette information retrouvée par exemple dans une pièce, en mesurant en mètre chaque côté de cette pièce, cela permet par une simple règle de trois de définir quelle est la valeur en mètres de la coudée royale utilisée sur chacun des murs d’une pièce. Les recherches des égyptologues dans différents édifices égyptiens à différentes époques de l’Egypte Antique ont clairement montré que selon les époques, selon les lieux, selon les édifices et selon les côtés d’une même pièce, que ce soit concernant sa largeur ou sa longueur, la coudée royale égyptienne peut varier de quelques millimètres, voire d’environ un centimètre. Elle est donc imprécise et n’ a donc pas une valeur fixe de 52.36 cm durant l’Égypte antique.

Dans certains édifices comme notamment les pyramides de Gizeh où il n’y a aucune inscription, il est bien difficile de définir avec certitude la valeur en mètres de la coudée royale utilisée. Je reviendrai d’ailleurs plus bas dans l’article sur ce sujet.

Donc oui, que çà vous plaise ou non, la coudée royale égyptienne sur les 3000 ans de l’histoire de l’Egypte antique se situe essentiellement entre 52 et 54 cm.

Voici quelques exemples (en mètres) :

Inscriptions dédicatoires de Dendera - Coudées - points cardinaux
Temple de Dendérah – Mesures de coudées sur les murs de différentes pièces (Source – P111)
Proportions de quelques monuments du temple de Karnak
Proportions de quelques monuments du temple de Karnak (Source – P91)

Sources

[2]  Quelques réflexions sur les unités de mesure utilisées en architecture à l’époque pharaonique – JF Carlotti (1995)

4:32 – Mais il y a encore plus précis car les premières coudées qui ont été retrouvées matériellement ont été mesurées notamment par l’égyptologue Jomard. C’est très intéressant car Jomard en a mesuré 4 et la mesure moyenne des 4 qu’il a mesuré est de 52.35 cm.

Quentin leplat coudée de memphis

Tout d’abord, pour ce tableau, vous ne donnez ni la source, ni le ou les édifices sur lesquels ont été récupérés ces valeurs, ni la datation de ces édifices. De plus, vous vous appuyez sur une moyenne fait sur 4 misérables mesures de la coudée. Du coup dans votre argumentaire, ce tableau ou rien, c’est bien pareil.

Cependant même si vous ne spécifiez pas la source de ce tableau et que je ne vais pas passer mon temps à chercher car elle n’est peut-être pas accessible sur le net, il est fort à parier que ces valeurs ne concernent qu’un seul et même édifice ce qui n’est absolument pas représentatif de l’ensemble des constructions égyptiennes. J’ai déjà constaté ce genre de biais de confirmation sur le Net concernant le fait que la coudée royale égyptienne était de 52.36 cm sous prétexte que l’égyptologue René Adolphe Schwaller de Lubicz l’avait écrit dans l’un de ses ouvrages [3]. Le problème est que de Lubicz parlait d’une valeur de 52.36 cm spécifiquement trouvée sur le mur sud du passage d’entrée de la tombe de Ramsès IX. Rien à voir avec une valeur fixe à attribuer à l’ensemble des constructions égyptiennes sur 3000 ans d’histoire.

PS : Un lecteur a cependant retrouvé la source [4] de ce tableau dans lequel il n’est mentionné ni les édifices concernés, ni la datation de ces édifices.

Sources

[3] The Egyptian miracle : an introduction to the wisdom of the temple (Page 246) – Ouvrage de R.A Schwaller de Lubicz  (1985)

[4] Lettre à M. Abel Rémusat, sur une nouvelle mesure de coudée trouvée à Memphis par M. le chever Drovetti– Publié par E-F Jomard en 1827.

https://archive.org/details/bub_gb_Wmd7BqDhrC0C/page/n29

5:05 – Et puis on a d’autres façons de la connaitre puisque tout le monde s’accorde pour dire que la grande pyramide fait 440 coudées. 

Capture quentin leplat mesure pyramide

(Je précise pour les lecteurs que les valeurs de 230.25 et 230.45 sont en mètres même si ce n’est pas spécifié sur cette diapo)

05:35 – Donc quand on regarde toutes les mesures qu’ils donnent sur la grande pyramide, et bien au maximum la coudée royale varie entre 52.33 et 52.375 cm. Il y a donc une précision qui est quand même énorme. On n’est pas du tout sur une méconnaissance totale de la valeur exacte.

Ok, mais là çà ne concerne que la grande pyramide. Et ce n’est pas une valeur exacte mais un intervalle de valeurs. Je vous rappelle que vous avez démarré votre vidéo en affirmant que la coudée royale en Egypte antique faisait 52.36 cm, cette même valeur précise qui permet de faire tout un tas de corrélations inutiles avec Pi, Phi et le mètre. Suite à cela, vous continuez avec plusieurs intervalles de valeurs moyennes qui ne sont pas des valeurs exactes et pour couronner le tout sur des intervalles de temps différents. Vous êtes difficile à suivre. En êtes-vous conscient ?

6:13 – Voici un ensemble d’auteurs qui dans leur publications utilisent des mesures de coudées royales. Vous voyez qu’on a donc une très grande connaissance et précision sur la mesure de la coudée royale. Donc prétendre comme certains que la mesure de la coudée, on ne la connait pas et que Funck-Hellet aurait triché en prenant la valeur de la coudée qui l’arrangeait, c’est tout simplement ce que j’appellerais un biais d’infirmation.

Capture quentin leplat mesures auteurs pour la coudée

Pour commencer, d’où sort cette liste ? Ce sont, semble t-il, des moyennes mais qui sont basées sur quels édifices et sur quelle période de temps ? sur les 3000 ans d’histoire de l’Egypte antique ????

Je vais cependant m’attarder sur une de ces valeurs qui n’est pas une moyenne mais bien une valeur exacte. C’est juste que vous êtes allez un peu vite dans votre lecture de ce document. Pour cela, je vous invite à reprendre la publication de Frank Monnier et Jean-Pierre Petit [4] qui selon vous donne une valeur de la coudée royale de 52.3 cm. Vous reprenez le texte au début du document sous le titre « Description d’une coudée votive » et vous verrez que le sujet est une coudée votive en bois du nouvel empire sous la 18ème dynastie. Et c’est la coudée gravée sur cette règle en bois de la 18ème dynastie qui fait 52.3 cm dont il est question ici. La valeur de 52.3 cm n’est pas une valeur attribuée par les auteurs à une coudée employée durant l’ensemble de l’Egypte antique. Cette valeur de 52.3 cm ne concerne que cette règle de la 18ème dynastie.

Vous estimez, suite à cette liste, que l’on a une très grande connaissance de la valeur de la coudée royale et que donc Funck-Hellet n’a pas triché. Êtes-vous conscient que dans votre liste, il n’y a aucune valeur de la coudée de 52.36 cm ? Je vous rappelle que Funck-Hellet, avec qui vous êtes d’accord, a choisi de garder cette valeur de 52.36 dans sa démonstration et non pas 52.37 ou 52.35, par exemple.

Sources

[4] Utilisation de la coudée votive comme instrument de mesure : une explication – Fr Monnier, J-P Petit et Chr Tardy

7:09 – La coudée a pu effectivement varier au cours de l’histoire et à la fin de la période égyptienne il se peut qu’elle soit un peu plus longue mais nous on s’intéresse à la coudée de l’ancien empire notamment celle qui a servi à mesurer la grande pyramide.

Vous voulez dire « celle qui a servi à construire la grande pyramide« , je suppose, ou par « celle qui a servi à mesurer la grande pyramide » vous entendez que les égyptiens ont mesuré la grande pyramide en coudée car elle était déjà présente sur le plateau de Gizeh avant leur arrivée dans la région ? C’est pas très clair.

Sinon, c’est moi ou vous êtes en train de nous dire que le sujet de votre vidéo depuis le début, c’est la coudée royale égyptienne durant l’ancien empire voir même uniquement durant la construction de la grande pyramide ?????? Je vous signale que depuis le début, en parlant des égyptiens, vous n’avez aucunement précisé cela et que si c’est bien ce que je comprends dans vos propos, vous nous avez donné jusque là des valeurs de la coudée royale qui ne concernent pas forcément l’ancien empire, ni plus spécifiquement la grande pyramide et qui du coup n’ont rien à faire dans votre argumentation.

7:17 – L’autre infirmation de ces gens (scientifiques) est de dire que les égyptiens ne connaissaient pas le nombre Pi. Pour çà, ils s’appuient sur 4 morceaux de papyrus qu’ils ont retrouvé sur 3000 ans d’histoire. Dans ces papyrus, il n’y a ni le nombre Pi, ni le nombre d’or. C’est ce que dit Corinna Rossi notamment dans son livre. Mais il n’est pas sérieux de vouloir limiter toute la connaissance de l’Egypte à 4 morceaux de papyrus. Vous imaginez, si on prenait 4 bouts de papier de mathématiques dans le monde entier et qu’on limitait toute notre connaissance mathématique à 4 bouts de papier à nous, modernes. C’est juste impossible. Donc on n’est pas du tout sérieux quand on dit çà. Voici ce que dit Corinna Rossi :

Capture quentin leplat corinna rossi

Avec les connaissances actuelles, en effet, rien n’indique que les égyptiens connaissaient le nombre Pi. Par contre, dans ces papyrus, on y trouve que les égyptiens utilisaient une méthode conventionnelle employant une valeur approchée de Pi égale à 3.16 pour les calculs de surface. Maintenant si vous avez la preuve concrète que les égyptiens connaissaient le nombre Pi, n’hésitez pas à nous la montrer.

Les égyptologues ne cherchent pas à limiter toute la connaissance de l’Egypte. Ensuite, à vous entendre, vu que ce n’est pas sérieux de soi disant vouloir limiter les connaissances mathématiques de l’Egypte, et non, toutes les connaissances de l’Egypte comme vous dites, il faudrait donc tout de même se dire qu’ils connaissaient bien ce nombre et cela sans aucune preuve ou démonstration évidente ?????

Je n’ai pas lu le livre de Corinna Rossi. Je ne sais pas non plus de quel livre il s’agit vu que vous ne le précisez pas. Ensuite, dans cette citation, il n’est fait aucune mention du nombre Pi, de la coudée royale ou du mètre. Je ne peux donc pas me prononcer sur cette citation de l’auteur car je ne connais pas le contexte. Par conséquent, présentée comme telle, cette citation n’a aucun intérêt dans votre argumentaire.

08:53 – Y a vraiment des auteurs, des égyptologues qui publient des documents où ils contestent cette idée que les égyptiens ne connaissaient pas Pi et contestent notamment l’interprétation des papyrus de Rhind. En voici un exemple :

Capture quentin leplat - Lightbody

Pour les lecteurs, je rajoute la source dont vous tirez ces quelques phrases qui est « Biography of a great pyramid casing stone…« . Je vous signale, Quentin, que dans la description de votre vidéo Youtube, vous pouviez mettre les liens que vous avez vers certaines de vos sources.

Concernant les paragraphes que vous avez récupéré de cette source, y a aucun problème avec ce qui est écrit dans le premier paragraphe ainsi que dans la première moitié du paragraphe entre guillemets. Je ne vois d’ailleurs pas où Lightbody conteste l’interprétation des papyrus de Rhind. Il fait un simple rappel concernant le calcul de la surface d’un cercle, calcul qu’on retrouve dans le papyrus de Rhind.

Ensuite, dans votre diapo dans le paragraphe qui concerne la pyramide de Saqqarah, j’ai été surpris d’y trouver une phrase qui n’est pas dans le document d’origine de Lightbody au 3ème paragraphe page 53. Cette phrase dans votre diapo est « Ce qui suggère que le nombre Pi était connu car il est exprimé numériquement dans une figure géométrique« .  Mais au final on va dire que vous ne vous en sortez pas trop mal car dans le document de Lightbody à la page 52, on y lit ceci : « Ces éléments de preuve relatifs aux zones circulaires sur les papyrus n’excluent donc pas l’existence d’une méthode de calcul différente qui utilise des rayons pour calculer les circonférences« .  Même si dans cette phrase, il n’est pas envisagé que les égyptiens connaissaient le nombre Pi, selon l’égyptologue, ce n’est pas non plus exclue pour autant. A cela, j’ai pu avoir la confirmation d’un autre égyptologue comme quoi cette phrase que vous avez rajouté est vrai car en effet David Ian Lightbody a cette théorie très personnelle de la potentielle connaissance du nombre Pi par les égyptiens. Cette théorie n’est cependant pas partagée par les autres égyptologues. Pour ma part, je ne vois pas comment il peut penser cela. De plus, il n’y a pas de démonstration de sa part dans ce document. Il est donc difficile d’avoir un avis sur le sujet. A côté de çà, je n’ai pas trouvé sa publication de 2008. Mais peut-être que vous, Quentin, de votre côté vous avez quelque chose à proposer notamment par rapport à ce mur d’enceinte. Si c’est le cas, je serais intéressé de pouvoir lire, de votre part, une démonstration qui tienne la route.

11:33 – Exemple d’une autre publication dans la revue « Archeological discovery », un article très intéressant d’un auteur qui lui utilise carrément Pi/6 pour parler de la coudée. Pour lui, y a pas de questions à se poser.

Capture quentin leplat Archeological discovery

Vous nous offrez ici un morceau de page d’une publication d’un auteur inconnu dont vous ne donnez toujours pas le lien dans la description de votre vidéo. Ayant retrouvé cette publication, le nombre Pi ne figure nulle part ailleurs dans cette publication que là où vous l’avez souligné. En gros, il sort de nulle part, donc totalement irrecevable. Pour les lecteurs voici le lien de cet article sur Archaelogical Discovery. Le titre de cet article est « The Mysterious Pyramid on Elephantine Island : Possible Origin of the Pyramid Code », sur lequel je ne m’attarderai pas car je ne me suis pas encore intéressé à la cosmogonie. Je ne suis donc pas légitime pour critiquer cette publication. Cependant le titre à lui tout seul ne présage rien de bon et c’est peu dire quand on s’intéresse un peu plus à son auteur. Il a été écrit par un chercheur indépendant, un certain Manu Seyfzadeh. Et voici ce qu’on trouve en publication sur sa page Facebook. Ce monsieur fera une conférence sur l’architecture des pyramides en 2020 durant le Rendez-vous « Contact in the desert ». Cet événement annuel est 100% New Age.

Facebook manu seyfzadeh pour article quentin leplat

Vous pouvez vérifier que c’est le bon Manu Seyfzadeh puisque celui-ci a notamment  publié sur le site Academia où vous pouvez voir sa photo de profil à droite qui correspond bien à la photo de couverture (bandeau du haut) de sa page Facebook.

Du coup, concernant vos références pour appuyer la connaissance du nombre Pi par les égyptiens, il ne vous reste pas grand chose.

12:04 – Alexis Seydoux pose la question de pourquoi on divise par 6 le périmètre du cercle. Mais en fait il ne se rend même pas compte de ceci : 

Quentin Leplat Pi divisé par 6

Je reprécise que vous parlez ici d’un périmètre d’un cercle de diamètre 1. C’est bien beau vos calculs mais çà prouve quoi le fait que Pi divisé par 6 soit égal à une des nombreuses valeurs de la coudée royale en mètre ? Vous partez toujours du principe que les égyptiens connaissaient Pi. Et j’attends toujours votre preuve à ce sujet.

13:53 – Je rappelle quand même que le périmètre de la chambre haute de la pyramide de Khéops est un double carré. Or, ce périmètre, comme c’est un double carré, et bien, y a les modules carrés qui forment la base et donc y a 6 modules, donc vous avez un périmètre divisé en 6 et çà vous donne la coudée royale donc y a vraiment rien qui permette de résister en terme d’argumentation de la part de ces gens là (les scientifiques notamment) quant au fait que le nombre d’or, le nombre Pi, la coudée royale et le mètre sont reliés et ont été employés en Egypte notamment dans l’architecture de la grande pyramide.

Capture quentin leplat Dimensions chambre haute

Concernant la chambre du pharaon Khéops dans la grande pyramide, il est en effet fort probable que la coudée royale utilisée au sol de cette chambre ait une valeur en centimètres de 52.36 ou 52.35 centimètres. Mais, pour votre présente démonstration ,admettons que pour le sol de la chambre haute de la grande pyramide la coudée royale utilisée soit exactement de 52.36 cm dû au fait que la largeur fasse approximativement 5.236 mètres soit 52.36 cm multiplié par 10 coudées, et de plus, que ce rectangle est un double carré ce qui vient renforcer cette mesure. Il est nécessaire à nouveau de préciser que cette valeur de la coudée ne concerne que le sol de la chambre haute de la grande pyramide. Si cette valeur de 52.36 était si importante pour les architectes de Khéops, on la retrouverait déjà plus souvent dans les chambres de la grande pyramide. Or, les murs de la chambre de Khéops ne sont pas des doubles carré, la hauteur de cette chambre faisant 5.84 mètres. Cette chambre n’est donc pas non plus un double cube. En ce qui concerne la chambre dite de la reine, celle-ci n’est pas un double carré et la valeur en centimètre de la potentielle coudée utilisée ne serait-ce que pour la largeur de la chambre semble plus proche de 52.3 cm selon les égyptologues que de 52.35 cm.  Il est donc difficile d’affirmer que la coudée utilisée dans cette chambre soit de 52.36 cm.

Enfin, si l’on s’intéresse également aux chambres funéraires des deux autres pyramides de Gizeh, c’est loin d’être aussi simple. La chambre funéraire de Khéphren a des dimensions au sol qui font 14.15 x 4.99 mètres. Quant à la chambre funéraire de Mykérinos, ses dimensions au sol font 6.59 x 2.62 mètres. Aucune des deux n’est un double carré, ni un triple carré ne serait-ce qu’au sol et les largeurs de ces deux chambres ont des dimensions qui n’entrent en aucune façon dans l’intervalle de valeurs variables de la coudée royale égyptienne.

Pour en revenir à cette chambre rectangulaire qui est un double carré, vous trouvez 6 modules. C’est votre interprétation de ce que vous voyez. Maintenant, je vais vous donner la mienne en image. Comme vous insistez bien sur le fait que ce rectangle est un double carré, il est important de rappeler qu’un carré a quatre côtés. Donc voici mon interprétation à 7 modules, voire 8 puisque le côté droit du carré de gauche et le côté gauche du carré de droite se superposent :

Capture quentin leplat Dimension chambre haute 7 modules

Voilà, vous avez votre interprétation et j’ai la mienne. Est-ce que cela a une importance ? Aucune ! On vient juste de s’amuser tous les deux à qui trouvera le plus de modules dans un rectangle qui est un double carré. Mais c’est tout, çà n’a aucun intérêt de repérer le nombre de modules dans un rectangle comme celui-ci et encore moins pour s’arrêter à 6 modules parce que çà vous arrange. Ça ne démontre rien, ni ne prouve rien.

Conclusion

Votre argumentaire est donc clairement insuffisant pour affirmer ou démontrer que le égyptiens connaissaient notamment Pi et le mètre. Ce n’est certainement pas avec ce type d’argumentaire que vous allez susciter l’intérêt des scientifiques pour vos démonstrations. Je vous invite à revoir la manière dont vous tentez de démontrer que les égyptiens de l’antiquité connaissaient le nombre Pi, Phi, le mètre et enfin qu’ils avaient une coudée royale fixe de 52.36 cm. Soit vous avez du mal à vous expliquer, soit vous n’étudiez pas ce sujet sous le bon angle, soit il n’y a tout simplement rien à trouver à ce sujet car les égyptiens avaient bien des connaissances mathématiques, comme l’attestent certains papyrus, mais pas celles que vous prétendez. Et dans l’éventualité qu’un jour soit découvert des écrits prouvant par exemple la connaissance du nombre Pi par les égyptiens, ce sont ces écrits qui seront une preuve et non vos démonstrations qui reposent au final uniquement sur de simples corrélations mathématiques.

Bref, réfléchissez-y et revoyez votre copie si le cœur vous en dit !

J’invite les lecteurs de cet article, si le sujet des unités de mesures ayant comme base le corps humain durant l’histoire les intéresse, à se rapprocher de travaux plus sérieux comme ceux de Luis Castaño Sanchez mis en avant notamment par une vidéo en français et une publication dans le journal spécialisé espagnol « Egiptologia 2.0 » (pages 122 à 134).

 

 

2 commentaires sur “Coudée royale et Pi : Réponse à Quentin Leplat

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    1. Bonjour Ben O, Merci bien pour cette source. Je vais du coup mettre mon article à jour. Oui, tout à fait, on voit bien qu’il ne s’agit que d’une mesure de coudée parmi tant d’autres mais il est tout de même bon de vérifier quand c’est possible à quoi est rattaché ce genre de tableau. Merci encore.

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